Peintures en reliance à l’Âmour et au Divin ✨

Silence mon amour : naissance de la conscience de l’artiste

Le constat

Le besoin de silence commence à prendre une place considérable dans mon quotidien. J’ai un profil (très) introverti et pour autant, quand j’accepte que quelqu’un entre dans ma vie et qu’une relation se dessine, je peux me montrer assez bavarde. Ce contraste surprend, j’en conviens. La question de l’autisme apporte un éclairage évident, au-delà d’une histoire de caractère. Ce sera l’objet d’un autre article. (Oui je tease, j’ai plein de sujets à aborder. Ce sont donc mes penses-bêtes que je place au fur et à mesure.)

Néanmoins ces derniers mois j’ai fait l’expérience de traverser des moments très différents, marquant comme des étapes ou des seuils, émaillés de prises de conscience variées. J’ai vécu ces périodes de façon tout à fait solitaire, c’est-à-dire en étant physiquement seule et sans rien en raconter. Ni alors ni maintenant. Seules les parties alchimisées commencent à se laisser narrer, justement parce qu’elles sont sublimées et intégrées. C’est une fois devenu un souvenir qu’il est possible de témoigner. Et la mémoire a fait son œuvre : elle a recompilé, arrangé, transformé. Les faits persistent mais leur perception s’est transformée. C’est ici que tout se joue.

Plus j’avance et plus j’apprécie ma compagnie, sans en rechercher d’autre. Cet état de solitude choisie – à l’opposée d’une seulitude subie, un des fléaux de notre société actuelle – est un cadeau. Que j’occupe mes mains ou non, que je mette mes pieds l’un devant l’autre ou en éventail, que la route défile, je suis juste curieuse de voir où cela m’amène. Je laisse les pensées s’épuiser, je reviens à la respiration, à mes sensations corporelles et j’observe ce qui se passe.

J’ai également choisi de raréfier mes contacts humains. A l’heure de l’hyper connexion, du réseautage, de l’étalage de son expertise et des collections d’abonnés sur les plateformes, c’est une forme de courage. Et de rébellion. Couper le téléphone ou le laisser à demeure et m’évader, littéralement. Puis, m’écouter. Avec sérieux et dérision (aussi), et une énorme dose de bienveillance critique. Pour garder la seule quintessence de ce monologue interne car non ! Tout n’est pas si intéressant à dire, loin de là. Et à l’heure où nos devices documentent nos vies bien malgré nous, c’est faire preuve d’une grande sanité que de refuser de déverser mes pensées sans filtre ni tri préalable.

Structurer la pensée demande du temps et de l’espace.

Et c’est bien souvent dans la qualité du silence que je propose en présence d’un autre être que de très belles choses peuvent naître ou se dévoiler. Tout à l’égal de la qualité de silence que je peux m’offrir quand je suis avec moi-même. Pour, dans cet état d’apaisement, ressentir une forme de joie profonde, pas quelque chose de fugace, pas quelque chose de provoqué par un stimulus extérieur mais bien un état d’être plus tenace et persistant.

Arrivé.e là, tu te demandes lecteur-ice quel peut bien être le rapport de ces divagations avec la choucroute l’œuvre ou la démarche artistique. J’y viens.

L’exercice

Je te mets ici une de mes toiles et je t’invite à regarder chaque point, un par un.
Zoomes, sans cela tu ne pourras pas réaliser la proposition. Chaque point est une inspiration. Chaque intervalle une expiration. Tout comme chaque point est une partie vocalisée d’un mantra, et chaque intervalle un silence entre chaque stance. Passes de l’un à l’autre, tout simplement. Un point, une inspiration. Fermes les yeux, expires. Ouvres les yeux et fixes le point suivant en inspirant… Et ainsi de suite. (Oui, il y en a beaucoup. Et oui, quand il y a un point dans un point, cela vaut pour 2 tours.)

Graceful Twin Taras – 60cm x 40cm


Voilà, ici tu touches à une partie de la magie (au sens littéral) que je déploie en peignant.

Revenons donc au silence.

La Manifestation

Maintenant que nos fondations se rejoignent, je ramène la joie de l’instant présent. Pas les manifestations extérieures donc, mais cette sérénité stable, teintée de positif qui murmure que si je dois mourir maintenant je suis heureuse, j’ai bien vécu et j’accepte complètement la venue de ce nouvel état. Et il y a là un constat de pacification intérieure. Qui a produit un sens très particulier, vraiment. Celui qui a initié, notamment la transmutation de cette question que je me posais si souvent :

« Pourquoi créer ? Alors qu’il y a déjà une profusion de propositions toute plus belles les unes que les autres ? Alors que tant d’artistes produisent des créations techniquement meilleures, plus abouties dans leurs démarches, qui sont allés plus loin ou au contraire qui sont bien plus novateurs, qui vont percer et qui vont proposer des choses qui éclipseront ce que je pourrais amener au monde ? »

Ces questions évidemment tout artiste à un moment ou un autre se les pose s’il est honnête avec lui-même. On a beau tous avoir la foi chevillée au corps et cette envie impérieuse de se saisir de ce quelque chose et de lui donner du sens, d’organiser, de transmettre, de raconter notre vision qu’elle soit imaginaire ou qu’elle soit représentative du réel, aucune importance.
Juste ce besoin-là.

Et puis il y a nos démons. En tout cas il y a les miens. Je parle ici de ceux qui sont à l’intérieur de moi. De ceux qui m’appartiennent. Pas des projections d’autrui (mais nous pourrons nous en reparler à l’occasion, ça vaut le coup aussi).
Ce que j’aime le plus, c’est que dans ces grandes périodes où je m’interroge sur ce que je pourrais bien avoir de pertinent à raconter (parce que même tout ce que je viens d’écrire a déjà été dit), une évidence émerge : ce sont mes mots, c’est mon organisation et ma pensée, ma singularité. Et donc ces démons-là, ces peurs (qu’elles soient petites, qu’elles soient grandes) peu importe, celles qui sont tout simplement, créent de la fixation, de l’immobilité et de la paralysie.

Le rituel

J’aime les convoquer dans un pow wow confectionné sur-mesure. Je leur fais une place bien nette, je leur donne rendez-vous et je me donne tout autant rendez-vous. Je peux créer un espace qui peut être très beau, même grandiloquent : il peut y avoir des bougies, des pierres, des morceaux de bois, ce que je trouve sous la main à ce moment-là, ou simplement un cercle imaginaire. Ça n’a aucune espèce d’importance in fine, seuls les symboles et l’intention comptent. Alors dans cet espace intangible, je nous convie (mes peurs et moi) à nous asseoir, nous réunir, nous observer respirer. Et c’est dans ces endroits et dans ces moments-là que se dissolvent le besoin de reconnaissance, le besoin de prouver quelque chose au monde. Mais aussi le besoin d’aller quêter le regard d’autrui pour qu’il me raconte ce que j’ai bien pu vouloir faire avec mes créations artistiques. Et définir des parts de moi sans mon consentement.

Les illusions et leur dissipation

Je crois que les éléments les plus signifiants par rapport à ce que j’ai pu produire jusqu’à présent m’ont été donnés par des amis à qui je racontais des processus en cours et à qui je faisais part de mon étonnement. Tiens, en ce moment, j’ai ce truc-là qui sort sous mes pinceaux, je ne comprends pas. Mystère. J’étais partie sur une idée (un symbole, une représentation) et c’est tout autre chose qui a surgi.

 Ces gens n’ont pas vu les productions en cours, mais ont été capables de me dire : oui, mais là est-ce que tu sais que ça, ce motif, ce dessin, ce symbole dans telle tradition il raconte ça et il se relie à ça ?

 Je bénis ces moments où au-delà des projections se trouve un sens qui d’un seul coup m’apparaît à nouveau comme universel. Et où je me rends compte que si j’ai une joie infinie à partager une tasse de thé et des petits gâteaux avec des amis par moment, l’endroit où je me sens le plus vivante, c’est quand j’ai les pieds sales (quand je dis « sales », pour moi c’est « tachés avec amour par la terre et tout ce que je peux ramasser les brindilles, la sève, les trucs qui collent »). Parfois même les petites épines qui se logent. Et où d’un seul coup je me sens dans une immense familiarité avec tout le vivant, toute la nature qui m’entoure. Et je crois que je l’aime tellement que j’ai beaucoup de mal à la représenter. Dans mes dessins, parfois elle apparaît, mais que la beauté et le profond sentiment qu’elle fait naître chez moi sont tout à fait indescriptibles et intranscriptibles.
Même ici les mots sont d’une traîtrise infinie. Mais c’est dans les trilles des oiseaux, dans la feuille naissante qui va se dérouler, dans la goutte qui va perler, dans la petite tache de sève dans laquelle je vais aller mettre les doigts pour ensuite les porter à ma bouche que se trouve véritablement la naissance de ce que je peux bien avoir à dire ensuite. Et tout aussi également le point de retour. Celui où je n’amène jamais mes œuvres, je ne montre pas aux arbres, brindilles et au reste, ce qu’ils ont bien pu m’inspirer. Mais où je me représente à eux, à elles, un peu plus complète quelque part, d’avoir abouti et amené la naissance, l’avoir fixée sous une certaine forme. C’est l’aboutissement de l’expérience qu’ils m’auront permise de traverser et je crois profondément à un dialogue qui peut exister entre ces êtres vivants et moi.

Alors si je devais documenter mes travaux et recherches, le plus efficace serait sûrement de décoller de mes voûtes plantaires ce qui m’a raccompagnée des espaces naturels dans lesquels je suis allée exister.

Hari Om

Aëlle