Note : « Mahadeva » fait référence à Shiva, une divinité hindoue majeure.

Cette œuvre contient un écho. Comme une forme de réverbération. Les ondes se déploient depuis une structure presque régulière et vont vibrer jusque dans ses bordures. Celles-ci se dessinent dans des variations, leurs motifs déformés transcrivent des formes qui auraient pris vie après une longue propagation et subi une suite de déformations. Ainsi, chacune de ces vibrations aurait comme trouvé sa résonance autonome et sa forme singulière.
C’est une immense invitation à aller questionner la structure, tant individuelle que collective. Je ressens clairement cet appel lorsque je chante. Au moment où la voix s’élève et que le lâcher-prise arrive, qu’une sorte de pétillement célèbre la joie. A l’intérieur des corps c’est une explosion douce et irrépressible qui naît et une reliance immédiate se crée avec l’immanence. Partant de ces espaces physiques et psychiques, quelque chose de plus grand s’ouvre et alors, les bénédictions abondent. Elles ne se réclament pas (ceci ferme instantanément le canal) mais s’accueillent et se déposent comme autant de cadeaux, de prises de conscience immédiates comme différées. De graines déposées là, qui germeront au fil des expériences menées à leur terme. Le mental est ramené à la dormance : tout opère dans un total abandon.
Il n’est plus question de savoir si la voix est correctement posée, si le rythme est respecté ou même si les paroles sont justes : elles coulent librement. L’attention même à « qu’est-ce que j’envoie ? Qu’est-ce que je cherche à émettre ? » s’est effacée. Seule la Bhakti persiste et se déploie. Elle s’amplifie dans un acte d’amour total, symbole porté par le souffle dans un chant purement dédié au divin.
Celles et ceux qui ont déjà vécu cet état savent. Les mots ne peuvent qu’imparfaitement restituer l’expérience. L’âme manifeste, les regards se reconnaissent. Le reste est silence, pour que le son puisse résonner dans toute sa justesse.
L’oreille parfois même s’éteint au profit d’autres sensations-perceptions. Et semble se rallumer d’un coup pour laisser pénétrer ce qui est chanté. Il y a alors cet immense « wahouuuuu ! Mais en fait c’est ça ma voix ? C’est bien moi qui suis en train de chanter ? Ma voix est vraiment en train de faire ça ? » et de s’apercevoir que oui. En ayant laissé de côté les inhibitions, en s’étant placé en réceptacle de bien plus grand que moi dans une confiance totale.
Ces états peuvent être rejoints de manière solitaire comme dans des pratiques collectives. Je bénis les deux et apprécie leur alternance. Je remercie également celles et ceux qui maintiennent vivante cette tradition et enseignent autant qu’ils incarnent leur foi, indépendamment des chemins qu’ils ont choisis pour le faire.
Et pour moi cette toile, c’est exactement ce cadeau. Ce rouge, cette radiance avec cette immense invitation à aller parcourir ces espaces et à aller transcender véritablement chacune des limitations dans l’abandon le plus total, dans la certitude absolue que de toute façon tout est parfait. Et que même s’il y a des imperfections, même si la maîtrise technique n’est pas sous contrôle à ce moment-là, eh bien en fait c’est là où il y a quelque chose qui va s’inviter. Et cette invitation, cette ouverture à cet endroit-là, ça s’appelle la grâce.
Hari Om
Aëlle
