
Dans mes pratiques, il y a la partie qui concerne les toiles.
Je reviendrai dans un autre article sur la question des dessins, ici c’est toute la partie plastique sur laquelle je veux écrire.
Supports, outils et matières… Que la magie opère !
Je ne fais pas mystère des outils que j’emploie. Cartons toilés ou toiles sur châssis, acrylique en tubes et Poscas pour les matériaux, auxquels s’ajoutent des pierres semi-précieuses de rebut achetées ou offertes par les amis bijoutiers et des vernis que je confectionne. Il y a des charges que j’ajoute à mes fonds, comme du marc de café, du sable lavé ou encore des cendres selon l’inspiration du moment. Et des paillettes, contenues dans des acryliques ou des colles, parce que les paillettes, c’est la joie ! Au-delà d’une période où elles sont à la mode, elles apportent des jeux de reflets et des aspects métalliques qui répondent à différents axes de recherche dans les rendus. Et elles me permettent de faire des clins d’œil aussi, à Bollywood notamment ^^
Côté outils, je travaille mes fonds au couteau et je peins avec des pinceaux, des Poscas ou mes doigts. Règles, rapporteurs, compas et autres ficelles participent de l’élaboration des motifs géométriques avec des crayons.
J’explore les matières et leur granulosité, j’enrichis les textures pour avoir des accrocs visuels, de la densité et j’enrichis avec des glacis pour la transparence sur certaines toiles.
Ma première couche de vernis contient les broyâts de cristaux et pierres fines. J’ai eu immédiatement le besoin de créer mes vernis pour jouer avec différentes densités et transparences, au gré des contraintes techniques. Certains sont mats, d’autres clairs (transparents). J’affectionne cette partie très alchimique, où les transformations demandent du temps et de la maîtrise.
Nous sommes donc jusqu’ici dans la partie technique pure.
La mystique aux commandes : jusqu’au lâcher-prise total !
Elle est celle qui permet à l’œuvre de se matérialiser sur le support : l’intuition.
Une fois l’intention posée et écrite / dessinée / symbolisée, je passe au repentir. Je peux partir avec une idée de couleur dominante mais parfois ce n’est même pas le cas… Il y a des moments où j’aimerais bien, je me dis « je vais peindre une jolie toile ». Mais je dérape très vite car je ne fonctionne pas ainsi. Donc bien souvent je pars sur quelque chose qui est dans une gamme de couleurs, mais le choix va se faire à l’aveugle. Les mains placées au-dessus des tubes, les yeux fermés et à l’intuition. Si j’essaye de by-passer cette étape je vais de toutes façons finir par me tromper et attraper un tube qui n’était pas prévu… Et « rater ». C’est-à-dire sortir de ce que ma tête avait décidé.
Donc c’est plus simple de laisser le hasard constituer les accords. Même si la théorie des couleurs raconte l’inverse… Je me laisse surprendre et guider. La magie du couteau opère et les nuances se choisissent comme bon leur semble.
Parfois il me faut des semaines avant d’oser aller plus loin. J’ai besoin d’apprivoiser mon fonds, de me syntoniser avec pour accepter de poursuivre l’œuvre et « voir » ce qui va bien pouvoir se déposer ensuite dessus.
Ici encore, des semaines entières peuvent être nécessaires avant que je laisse de côté une idée fixe et que l’intuition ait de nouveau la place de se manifester.
Pour la partie plus figurative je peux respecter des codes couleurs, notamment quand il s’agit de toiles destinées à une déité en particulier. Mais je peux aussi avoir cette approche un peu random décrite ci-dessus, c’est variable et imprévisible.
Si je n’ai pas encore compris, arrivée à cette étape, que je ne suis pas aux commandes alors les glyphes viennent en rajouter une couche ! J’explique parfois que je trace les glyphes les yeux fermés ou mi-clos, ou encore en regardant ailleurs. Ces symboles imaginaires forment un langage personnel (et un peu plus..) qui réclame lui aussi sa part de l’espace méditatif qui m’habite et se déploie lorsque je suis mes processus créatifs.
La Belle et la Bête (l’esthétique et la beauté)
La quête d’une esthétique particulière est quelque chose qui m’a très vite quittée. Quand je dis « esthétique », c’est le côté « faire beau » (expression que je déteste par ailleurs, tant elle me semble être inadéquate : la beauté est, bien souvent à des endroits où on ne l’imaginerait pas !).
La beauté peut naître d’assemblages que le mental refuserait catégoriquement de faire, et jusqu’à présent les résultats n’ont pas démenti cette approche spontanée et confiante.
Je fais court sur ce point et laisse aux critiques d’art le plaisir d’expliquer et de débattre.
Le côté obscur de la Force
Cependant, il y a toute une partie que je ne documente pas : je m’y refuse pour des raisons qui me sont propres et respecter une forme de magie contenue dans tout ça.
Que je mette du charbon, du sable, du marc de café ou d’autres matières, c’est une chose, mais il y a d’autres matières que je ne nommerai même pas. Et là on rentre dans la partie où il m’a fallu du temps pour accepter le mot : je travaille comme une occultiste. Cette façon d’œuvrer est vraiment propre aux alchimistes. Pourquoi est-ce que les choses se passent précisément à certaines dates ? Bien souvent au moment où elles se produisent, je n’en ai aucune idée. Je fonctionne à l’instinct. Et quand je regarde ensuite les vertus des minéraux que j’ai mis dans mes vernis ou les dates et les heures auxquelles il y a eu certaines opérations réalisées, j’en découvre le sens (ma tête doit alors être priceless 🤣). C’est complètement cohérent avec l’astrologie, la symbolique ou encore des calendriers de différentes traditions…Et cela participe à la force de l’œuvre, à son signifiant, à sa magie intrinsèque.
Pour autant je n’ai pas un calendrier lunaire sur lequel je me dis « tiens à tel moment je vais faire ça et puis ça concorde avec telle et telle conjonction », mais alors pas du tout ! Par contre a posteriori, je m’aperçois que c’est bel et bien ça qui s’est produit. C’est là où la démarche, dans ma perception, devient intéressante et prend tout son sens.
La main de Chronos
Je produis peu et ce n’est pas par défaut d’envie, ce n’est pas par procrastination, mais véritablement parce qu’à un moment il y a une impulsion et cette impulsion, il me faut la suivre. J’ai des toiles qui ont mis un temps infini à émerger, j’ai pu cohabiter avec des fonds à moitié terminés pendant des semaines, voire des mois.
Et la question n’était pas de me dire : « je n’arrive pas à aller au bout », mais absolument pas. C’est la divinité qui avait besoin de m’accompagner et moi de marcher dans ses pas, tout simplement. Et au moment où je me suis alignée avec elle, au moment où il y a eu quelque chose qui a fait « clic » (le quoi me concerne et me regarde seule, je ne le livrerai pas ici ni ailleurs) les opérations ont pu être menées jusqu’à leur terme. Il y a des déclencheurs qui sont évidents et qui me permettent de dire : « OK ça je l’ai, ça y est c’est intégré donc j’ai le droit, je me sens l’autorisation » (je dis bien je, je pars de moi ce n’est pas un truc mystique : je parle de mon ressenti interne). Après il y a d’autres choses à l’œuvre, mais dans cette grande mystique qui m’habite, c’est vraiment l’écoute des signaux intérieurs qui va me permettre de déclarer que l’œuvre est terminée.
Et savoir s’arrêter est également un apprentissage en lui-même !
Hari Om
Aëlle
