Peintures en reliance à l’Âmour et au Divin ✨

L’artiste comme psychopompe : 1. Le pouvoir de l’écoute

Empreinte de terre formant un cœur dans la paume d'une main.

Nota bene : cet article est le premier d’une série. J’ai choisi des formats moyens plutôt qu’un trop long article.

L’étincelle

Je fais un énorme clin d’œil plein de tendresse à l’artiste Sabine Wirt, qui est la première à avoir évoqué ce sujet dans le fil de nos riches discussions. Cette photographe plasticienne disait se reconnaître une facette de psychopompe dans ses processus.
Elle me parlait de ça en souriant, tandis que nous passions devant sa voiture chargée d’affaires récupérées ici et là, qu’elle devait trier puis retraiter de différentes manières. Elle m’expliquait que de cette façon elle récupérait également des histoires de vies.
J’ai trouvé cette approche magnifique et très pragmatique !

Chez moi cette collecte se manifeste un peu différemment. En parallèle de mes activités lucratives, je facilite ponctuellement des cercles de paroles en mixité ou en sororité, et je propose des écoutes individuelles. Elles sont bien souvent prétextes à une marche en forêt, une baignade ou une activité extérieure quelconque.

Le processus

L’accueil que je fais de la parole est total. C’est-à-dire que je me place dans une disposition d’intransigeance à mon égard et de disponibilité complète pour recevoir les dires d’autrui.

Je déploie une vigilance immense à la qualité de mon écoute et au non-jugement, pour être tout à fait ouverte à ce que l’autre souhaite me déposer. Je fais fi de mes projections et de tout ce qui pourrait y avoir comme dialogue interne qui viendrait ajouter des surcouches ou une retraduction des propos.

Je ressens à quel point cette démarche nourrit une bonne partie de mes œuvres. C’est-à-dire que dans l’écoute des autres, des clés me sont proposées et elles sont éminemment précieuses. Ces confidences contiennent une matière incroyable, souvent très brute. Avec cette substance et une (énorme) pincée de confiance, le fait d’accueillir et d’être simplement disponible et disposée permet des prises de conscience, des libérations… Dans un rythme qui est propre à chacun et surtout, avec beaucoup de douceur.

Le catalyseur-temps

Certaines paroles m’accompagnent parfois durant les jours qui suivent et je prends alors un malin plaisir à les laisser se déployer. Elles me montrent ce que j’ai à voir, font fleurir des émotions ou déterrent des souvenirs. Une synthèse finit par émerger, qu’il me reste à transmuter. Et c’est là que l’art entre en jeu : un dessin, une peinture, un texte, une danse, un chant… Tout est bon pour intégrer ce nouvel élément et revenir au neutre.
Ainsi certaines expériences laissent des traces (visibles) et d’autres non.

Je ne propose aucune restitution personnalisée. Ce qui est œuvré l’est au bénéfice de la collectivité. Sauf dans le cas précis d’une commande personnalisée ; auquel cas ce processus est le préambule à la création de l’œuvre.

Un juste retour à l’humanité

Ici je précise que ma démarche n’est pas thérapeutique : je suis l’oreille amie, simplement. Cette aptitude s’est déployée spontanément au fil des années, des expériences et de la réciprocité dont j’ai pu (et peux encore) bénéficier. Ce fil qui se crée puis s’étoffe pas après pas participe d’un processus qui nous dépasse. Il est à la fois universel, simple et profondément transformateur.

Le fait de pouvoir se livrer en tout intimité ouvre des espaces à l’intérieur de soi. Dans ces lieux sacrés l’intime prend conscience de lui-même et, lorsqu’il est prêt, se transmute.
C’est le préambule de l’acte créateur, quel qu’il soit.

Hari Om,
Aëlle

Prochain article : Le chercheur de l’intime