Peintures en reliance à l’Âmour et au Divin ✨

La cohabitation : l’artiste et sa production

J’ai l’impression que mes toiles m’accompagnent au sens physique du terme. Comme des âmes-amies, des compagnes au long cours. Pour éclairer la suite je dois vous livrer un petit scoop : elles peuvent se montrer tout aussi bavardes que moi.

Elles sont chez moi et peuvent rester dans mon atelier, envahir ma chambre, demander à investir d’autres pièces… Ou s’inviter chez des amis !

Petit espace et contraintes fortes

Cela peut prêter à sourire, mais c’est une réalité avec laquelle je dois composer. Ne serait-ce que lorsqu’une nouvelle toile est terminée. Pour pouvoir conserver mes tableaux dans les meilleures conditions possibles je les accroche aux murs.
Tant qu’ils ne seront pas encadrés, je dois jongler avec cette contrainte car le moindre frottement peut créer des dommages. Oui les vernis protègent mais les broyâts eux, forment de véritables râpes ou peuvent s’altérer, selon la dureté des pierres utilisées. Bref, il y a une contrainte technique forte ici, et elle est loin d’être neutre. (Je vous raconterai à l’occasion les petites joies de leur transport, ça vaut le détour !!)

Donc il reste très peu de place sur les murs de la maison. Pour autant, ce n’est pas quelque chose que je vais chercher à négocier ou à réarranger. J’écoute ce que tout ce beau monde a à me raconter. Je peux me retrouver à me dire « tiens, j’en ai une nouvelle ! Chouette, je vais mettre un clou ici » sauf que je la pose et rien ne fonctionne. Toutes les autres autour clament « non, non, non ! Ca ne va pas se passer comme ça ! » et je me retrouve à littéralement tout décrocher ou presque pour tout réaccrocher autrement.
Oui, je kiffe mes colocs 😁 Notre cohabitation vaut son pesant de cacahuètes…

Là aussi c’est une écoute particulière : j’ai certaines toiles qui refusent littéralement d’être côte à côte. Et ce n’est pas une histoire d’esthétique, ce n’est pas une question de « voilà peut-être que je m’invente des choses ». Dans ma perception du monde, c’est ainsi  que cela fonctionne. Ceci est dans la droite lignée de l’intuition et ses ramifications.

Les contraintes physiques… et les autres !

Entendons-nous bien : je peux physiquement bouger des éléments, je ne suis pas limitée dans ma motricité. Je peux tout à fait mettre deux toiles sur deux clous côte à côte. Mais le résultat est cacophonique et dans mes proprioceptions, c’est évident. Il y a une tension qui naît, quelque chose qui est littéralement de l’ordre électrique. Et c’est dans ces moments précis où je comprends que ma démarche ne s’arrête pas quand le vernis d’une toile est sec, mais absolument pas ! Il existe vraiment une forme organique de discussion entre mes productions.

Ainsi, même au moment des accrochages, je peux faire absolument toutes les scénographies que je veux en amont, je peux dessiner, projeter. De toute façon je sais une chose : une fois arrivée sur place, le résultat ne sera pas celui que j’avais imaginé. Les toiles réagissent au lieu où elles sont, elles ont des demandes au sens littéral du terme et j’ai appris à ne pas essayer de négocier (sauf à vouloir perdre une énergie de dingue et finir par faire ce que je ressens comme juste – et elles aussi).

Un sens naturel ?

Cette écoute-là est la même que je peux déployer dans la nature et que mes yeux s’arrêtent sur un caillou. Il est tout petit, il est insignifiant aux yeux du monde et lui, il me surprend moi. Je le prends physiquement avec moi. Comme certains qui m’accompagnent depuis des lustres (comprendre par là des dizaines d’années) et d’autres qui demandent à être déposés quatre pas plus loin à un endroit précis. Et là il y a quelque chose qui, dans mes ressentis – pour être la plus fidèle possible à ce qui se passe à l’intérieur de moi – est de l’ordre du magnétisme. Le terme est ici à lire au sens scientifique, pas spirito-perché.

Donc ce caillou, quelle que puisse être sa taille, devient d’un seul coup très lourd. C’est le signal évident qu’il demande à être déposée physiquement à l’endroit où nous nous trouvons alors.
Dans mes collections certains m’appellent littéralement avant que je ne parte promener. Je peux essayer de partir sans eux, je vais alors tourner en rond jusqu’à enfin ! rattraper le petit murmure, le petit fil lié à cette perception (qui est très compliquée à décrire et à nommer) et qui me ramène jusqu’à cet objet précis qui demande, qui réclame impérieusement à m’accompagner.

(Pour celles et ceux qui me découvrent ici : oui, je suis autiste 🦋)

Une certaine vision du monde…

Alors il y a des gens pour lesquels le fait de raconter ces process est déjà trop long, parce qu’ils le vivent également (sorry guys). Et ce sont majoritairement les personnes auxquelles mes œuvres « parlent ». Disclaimer : tous et toutes ne sont pas autistes ni même neuroatypiques.
A contrario il y a d’autres personnes pour lesquelles je pourrais détailler bien plus parce que c’est tout nouveau comme perception, voire c’est complètement incongru. Mais je ne cherche pas à théoriser les choses : je les raconte depuis mon authenticité. C’est-à-dire en étant la plus transparente possible, pour simplement témoigner au monde : « voilà ça se passe comme ça pour moi, je ne dis pas que c’est juste, je ne dis pas que c’est faux ». (En fait je m’en tape : c’est ma réalité donc je ne demande pas à être validée dans ce que je vis, j’en témoigne et basta).

Et après s’ouvre ce qui s’ouvre. Et là encore, je reviens souvent à cette expression : « Ça n’a aucune importance » puisque dans les faits, ce qui fait sens pour moi ne fait sens que pour moi.

Et ça tombe bien : je suis unique dans ce bas monde (tout comme toi, ami lecteur 😉). Je ne demande pas que ce soit remis en cause. Je dis que ceci me permet de fonctionner et que ça a du sens dans ma perception et compréhension du monde. Et donc dans mes productions, ce sont ces espaces-là qui se retrouvent, mais tout autant que les espaces de vide et les silences qui peuvent se produire entre deux toiles.

Hari Om
Aëlle