
L’Ouroboros de Shiva est un Yantra plus petit que ceux dessinés habituellement. Il est aussi plus schématique et épuré. C’est un des premiers qui s’est imposé dans cette série au long cours. Il s’est déposé sur une petite toile qui m’avait été donnée et dont la trame était de biais. Les tracés ont été une épreuve de concentration ! Mes repères à l’œil ont été challengés et les reprises, nombreuses. Conserver son équilibre et sa régularité ont constitué une gageure !
Le serpent est venu alors que j’esquissais un ∞ (lemniscate). Je me suis retrouvée bien surprise car je n’imaginais pas d’éléments figuratifs sur cette œuvre. De manière générale ce n’est pas évident pour moi de représenter le réel : je ne me sens pas à l’aise, ni dans mon trait ni dans mon expression. Donc quand je peux j’évite (mais maintenant que vous me lisez vous le savez, je choisis rarement ! et ici c’est exactement ce qui s’est produit).
Pourtant ce serpent s’est imposé. Cet animal est souvent associé à Shiva, mais je ne le savais pas alors ! Et sa symbolique est magnifique : il est souvent représenté enroulé autour du cou du dieu et révèle sa maîtrise sur la peur et la mort.
Transcendance, quand tu nous tiens 😁
Alors me voilà avec un Yantra et un serpent que je relie, malgré sa posture, à un Ouroboros. Je ne fais pas ici la liste de ses significations, mais elles sont intéressantes à consulter pour qui voudrait creuser. Néanmoins, ce Naga semble veiller sur la figure du Yantra depuis cette éternité représentée sous forme de cyclicité et d’éternel recommencement. Cet entrelacs est évident et fait plus que sens ici. Mais cela encore, je le découvrirai bien plus tard…
Tandis que je finis les tracés une envie de jouer s’est invitée ! Jouer avec les couleurs, les contrastes, avec ce vert indomptable pour sublimer cette sensation de malaise qui m’étreint à la seule idée de « montrer ». Je me suis élancée à fond, sans objectif, sans chercher à créer pour plaire et juste voir ce qui allait émerger. La couleur a ainsi offert son contraste au fond uni, qui se suffit à lui-même tant il occupe l’espace.
Je glisse ici que cette tonalité n’est pas celle que je choisirai de manière spontanée, elle n’est pas présente dans ma palette. Un ami alchimiste a eu la bonne idée de m’offrir des tubes d’acrylique lors d’une jolie soirée qui fleurait bon les crêpes dans mes Alpes natales. J’ai été fascinée et j’ai découvert la difficulté d’utiliser des peintures métallisées avec ce tableau.
J’ai une affection particulière pour cette toile car c’est celle, à ce jour encore, qui contient le repentir le plus schématique, le plus « brut de décoffrage » en quelques sortes. En dessous, les mots placés sont les plus nombreux qui aient coulés. Deux ans et demi plus tard, à l’heure où j’écris ce texte, j’ai encore quelques bribes rémanentes. C’est rare, j’oublie généralement dans l’heure qui suit ce que j’ai bien pu mettre comme énergies dans mes toiles. Cette magie a ses lois propres et une mémoire défectueuse (ou ultra sélective, c’est selon) semble faire partie de l’histoire…
Inutile de me questionner donc, quelle que soit l’œuvre en question je ne serai jamais capable de divulguer cette phase-là : le secret est total. Bien évidemment, l’occultiste que je suis ne documente pas ce moment.
Cette toile est donc une énigme à mes yeux. Elle n’est pas la plus aboutie graphiquement ni celle qui attire le plus les regards, mais elle est peut-être la plus importante qui soit de toute ma production. Je vois qu’elle est différente du reste de mes créations bien au-delà de l’aspect figuratif.
Pour autant elle m’a permis de franchir beaucoup de mes peurs en m’apercevant, au fil des processus, qu’en me faisant confiance il pouvait y avoir quelque chose qui surgissait et qui faisait sens pour moi. Sans me poser la question de savoir si pour autrui ce serait le cas aussi ou si elle plairait… Il y a eu simplement un moment, un besoin, une forme d’expression et cette envie d’aller au bout de l’élan créateur. Pour recommencer, autre chose autrement, et alors tel l’Ouroboros la boucle est bouclée et la transmutation opérée.
J’ai vécu une grande leçon, et elle en contient une autre, actuellement en dormance.
Je ne sais pas où ni quand elle rejoindra son futur propriétaire mais ce dont je suis sûre, c’est que sa passation sera un moment vraiment très particulier, et probablement bien différents de ce que je propose jusqu’ici en guise d’activation.
C’est là une des manifestations et bénédictions de Shiva.
Hari Om
Aëlle
