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Je peins l’amour que je porte au Monde,
les couleurs sont l’expression de ma joie.

Pierres fines et broyâts de pierres fines de couleurs variées déposées sur une peinture aux teintes pastels bleues et blanches.

Le choix des pierres 1/2

Certaines de mes peintures sont recouvertes d’un vernis contenant des broyâts de pierres fines. Leur choix est le résultat de tout un cheminement, que je prends le temps de détailler ici.

La provenance des pierres

J’ai la chance de compter des bijoutiers parmi mes amis proches. Dès que les motifs de géométrie sacrée sont apparus sous mes pinceaux, l’envie de les compléter / rehausser de pierres s’est fait sentir. Il y avait comme une logique, une complémentarité (sur laquelle je reviens plus bas).

Je me suis adressée à eux, en leur demandant ce qu’ils faisaient de leurs pièces abîmées. Qu’elles aient mal supporté le transport, une taille ou un sertissage n’a pas d’importance : la plupart finissent au rebut. J’y ai vu une ressource précieuse et l’envie de leur donner une nouvelle vie. Cela m’a semblé important, respectueux et coïncider avec l’ensemble de ma démarche.

D’autres parmi mes proches me confient leurs bijoux cassés, trop vieux ou pour lesquels ils souhaitent une transmutation. Leur intention est claire : qu’ils poursuivent leur vie de cailloux sous une autre forme. Et quelle belle forme que de participer à une œuvre d’art ! Je ne reçois pas d’autre demande en retour que de les honorer ainsi. Lorsque je les pille il peut se produire une libération, une transmutation, ce sont des choses qui arrivent mais sur lesquelles je ne m’arrête pas. Les objets reviennent au neutre, voilà tout.

Les poudres et éclats sont parfois conservés par qualité de minéraux, parfois mélangés entre eux. Dans tous les cas, ils rejoignent ma bibliothèque de ressources en matières.

Pourquoi mettre des pierres dans mes œuvres ?

C’est une bonne question, d’autant qu’au quotidien, je suis quelqu’un de très sobre. Que ce soit dans mes tenues vestimentaires, que j’accessoirise rarement, mes coiffures simplissimes, le fait que je ne me maquille pas ou que je ne porte aucun bijou. Et pourtant, j’adore les paillettes !

Plus largement, les petites choses qui brillent, dont un rayon de soleil révèle l’éclat, crée des arcs-en-ciel en passant au travers ou sublime la profondeur. Enfant, une inclusion de quartz ou de mica était un vrai trésor ! Des longues et épuisantes marches dans les montagnes iséroises, ce sont probablement mes meilleurs souvenirs. J’ai gardé en mémoire ces moments magiques où la lumière venait jouer avec les vaguelettes d’un lac d’altitude, ces cailloux qui révélaient leurs inclusions ou changeaient de couleur une fois mouillés.

J’ai conservé ce lien précieux avec les minéraux, qui sont pour moi une forme d’ancrage, mais également la mémoire du monde, un peu comme le disque dur de la Terre. Ils recèlent des souvenirs agglomérés avec une patience infinie, qui résonne avec les aspects telluriques du Capricorne.

Ainsi, je trouve une poésie infinie dans ce que d’autres appellent « de vulgaires cailloux ». Lors de promenades j’aime jouer avec, créer des motifs éphémères, comme du Land Art. Je suis alors exactement dans le moment présent.

C’est cette magie que je retrouve avec les pierres fines qui me sont confiées. Elles me permettent d’inclure ce lien particulier, ce regard et cette connexion que j’ai à la Nature. Elle fait ainsi partie intégrante de mes œuvres.

Outre le côté brillant et le lien au Grand Tout qui nous porte, les broyâts ont une troisième fonction.

Les pierres considérées comme matière à part entière

Je broie moi-même les cristaux, améthystes, malachites et autres trésors. Maîtriser cette étape me permet de choisir la granulosité, de faire littéralement connaissance avec les minéraux. Certains sont très tendres, d’autres beaucoup moins ! C’est une chose de le lire dans un manuel, et une autre de taper sur une pierre qui refuse obstinément de céder malgré les efforts déployés !

Actuellement, je fais des broyâts de granulosités variées. J’aime quand de petits éclats restent suffisamment grands pour créer du relief, amener du matériau sur la toile. Et je suis en joie lorsqu’un rayon de soleil vient se prendre dedans. Ainsi l’œuvre entière évolue au fil des heures, selon son exposition.

Le tableau est paré de petits joyaux en surface, qui le subliment et ajoutent leurs vibrations à celles déjà déployées dans les couches de peinture en-dessous.

Les pierres, future palette ?

Comme bien des peintres, quand je vois ces couleurs, je rêve du moment où je les assemblerai pour en faire ma palette. La réduction sera évidemment plus longue, les broyâts bien plus fins. J’ai ici tout à apprendre, aussi je me garderai bien de disserter plus avant pour le moment. C’est un projet cher à mon cœur, que je réserve à une série en particulier.

En attendant, je m’amuse de mes doigts éraflés, des éclats qui parfois volent un peu partout et des conditions plus qu’artisanales (pour ne pas dire parfois très hasardeuses) dans lesquelles je réalise ces opérations. Et je savoure ce contact intime avec la matière.

Fixer les pierres sur la toile

Cette question s’est posée immédiatement et elle est loin d’être neutre. A défaut de commencer en créant mes pigments, j’avais la possibilité d’inclure les pierres en l’état, de les coller, de les engluer, de les disperser dans un medium ou de les inclure dans un vernis. C’est cette dernière opération qui a retenu mon attention.

Ce qui a guidé mon choix a été de me poser la question : à quel moment je les mets, et dans quelle intention ?

Comme bien des peintres et plasticiens, je vernis mes toiles. Oui, je travaille à l’acrylique. Et bien des conseils iront dans le sens de ne pas la vernir, puisque ce dérivé du pétrole est réputé tenir dans le temps. Je ne suis vraiment pas d’accord, pour avoir des toiles peintes alors que j’étais encore au lycée, il y a trente ans. Sans avoir été beaucoup manipulées, en étant accrochées dans de bonnes conditions, certaines se sont écaillées. Pourtant, je les ai peintes avec les mêmes marques et sur des supports similaires à ceux que j’utilise aujourd’hui.

Bref, j’ai choisi de vernir mes toiles, pour qu’elles durent dans le temps mais aussi parce que les couleurs éclatent mieux… et que je peux ainsi inclure facilement mes précieuses pierres 😉

Il est difficile de parler des pierres sans s’arrêter sur les vernis, mais je leur réserve un article dédié, qu’il serait intéressant de lire à la suite de celui-ci tant les sujets sont intriqués.

Le choix des pierres dans une œuvre

Le mental aime particulièrement ce moment. Il voudrait décider, associer logiquement « pierres vertes sur toile verte » ou « pierres rouges sur toile verte parce que ce sont des complémentaires ». Sauf qu’évidemment, cela ne fonctionne pas (avec moi).

Je prends un temps calme, m’assois devant l’œuvre avec ma bibliothèque de petits pots, sachets et autres contenants pleins de ces jolis trésors. La bibliothèque en question est un carton, les pierres ne sont pas visibles. Je vais donc piocher les heureuses élues, en étant à l’affût de mes ressentis corporels. Certains feraient ce choix avec un pendule ou des baguettes, personnellement je suis plus à l’aise avec mes mains. Mais cela fonctionne de la même manière.

Le choix est donc purement intuitif. Avec les aléas qui font buguer le cerveau (sinon ce n’est pas drôle !). Mais c’est surtout un très beau moment de dialogue, même quand les couleurs des pierres me semblent à des kilomètres des associations que j’aurais spontanément faites. Et les confirmations viennent a posteriori, quand je regarde les vertus des minéraux retenus selon la lithothérapie, une fois le vernis en train de sécher.

Je suis bien souvent soufflée par les concordances ! Il m’arrive d’éclater de rire et de me dire « ah bah oui, d’accord, évidemment ! » tant ce qui sort est juste au regard de ce que j’ai pu mettre comme intentions, ce que j’ai traversé lors de la création et bien évidemment, les liens avec la divinité à laquelle la toile est dédiée.

La sélection faite, une sorte de complicité s’est installée et je peux aller broyer les heureuses élues.

La réduction (le broyage)

C’est un moment joyeux. Je ne me sens absolument pas destructrice mais bien dans l’action de transformer une matière. Offrir une autre forme de vie est un cadeau que je trouve très beau.

Je m’installe et il y a bien souvent un chat, parfois plusieurs, à proximité. Je ne tolère personne d’autre aux alentours, c’est un espace intime. Je peux passer un temps conséquent à retirer les poils, les brins, les feuilles sèches, tout un tas de petites impuretés pour avoir les poudres et éclats les plus purs possibles.

J’aime œuvrer en musique, aussi je lance des playlists aléatoires. Et les synchronicités entrent en jeu, avec des Mantras qui apparaissent, des chants particulièrement doux, des prières… C’est d’une grande justesse, heureux, léger… Et j’ai l’impression de « flotter hors du temps », de vivre des moments profondément nourriciers à tous points de vue. J’en ressors avec l’impression d’être à ma place et de réaliser ce pour quoi je me suis incarnée ici, canal de quelque chose de plus grand que moi et dont le sens profond me dépasse complètement.

Une fois les broyâts tamisés, je les mets en pot et ajoute le vernis.

La suite est à découvrir (bientôt) dans un second article.