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Je peins l’amour que je porte au Monde,
les couleurs sont l’expression de ma joie.

Photo d'une toile sur châssis barrée d'une croix, avec écrit "refusée, et c'est tant mieux !" pour illustrer un article de blog ayant pour titre "Repeindre une œuvre de commande"

Repeindre une œuvre de commande

Repeindre une œuvre de commande, est-ce une erreur ?

C’est un sujet quasiment tabou. L’artiste, le vrai ! Crée et sa première proposition plaît. En tout cas, telle est l’image d’Epinal qui persiste.

Or, la réalité peut être un peu plus confrontante… Et c’est là une expérience pleine d’enseignements que j’ai traversée pour la première fois.

J’ai choisi de poser ces mots dès la deuxième étape, qui a consisté à dévernir la toile. Pour qu’ils soient au plus proches de ma réalité du moment, et retranscrire cette traversée avec le plus d’honnêteté possible.

Le tableau

Nous voici donc en veille de Nouvelle Lune. (Je travaille au plus près d’évènements cosmiques. Et ici, une fois encore, cela s’est avéré hautement signifiant.)
Je suis assise à une charmante table ronde en fer forgé dans un jardin tarnais, le soleil rasant du début de soirée m’offre de merveilleuses conditions pour opérer et le vent encore bien chaud de cette toute fin d’été me caresse. Armée de cotons tige et de White Spirit, je laisse mes pensées défiler et écoute les tensions qui se manifestent dans mon corps tandis que je retire (patiemment, très patiemment !!) les deux couches de vernis d’une petite œuvre de commande. Cette toile est tendue sur un châssis, et par chance, elle ne mesure que 30 centimètres par 30 centimètres !

Je mets en bas de l’article un lien vers une page Instagram dédiée au fantastique travail de restauration que fait un atelier lyonnais, juste pour que vous puissiez avoir un aperçu de ce que signifie « dévernir une toile ».

Bref, les moustiques vrombissent et je sue des doigts dans mon gant en latex.

L’histoire derrière le tableau

Une de mes premières collectionneuses avait vu une petite œuvre que j’avais créée spécialement pour un marché d’art l’été dernier. Elle avait arrêté son regard, le motif provoquait une émotion chez elle mais les couleurs ne lui plaisaient pas.

Qu’à cela ne tienne, nous discutons et elle me demande de lui réaliser une déclinaison, avec d’autres teintes et un lien évident avec un de mes derniers Yantras, qu’elle affectionne tout particulièrement. Le cahier des charges étant précis, je suis donc rentrée dans mon atelier avec la joie de lui créer tout spécialement cette œuvre.

N’ayant plus de cadres, je suis allée chercher du matériel et une fois son petit tableau moitié peint, j’ai eu un sursaut. J’étais si fatiguée le jour de mes emplettes que ce n’était pas le bon format ! J’ai pris un temps pour écouter ce que cela me racontait, et me suis réjouie de le lui offrir en guise de cadeau d’anniversaire surprise. Evidemment, je suis retournée chercher des supports de bonne dimension et j’ai donc peint les deux toiles en parallèle, sous le regard de leur « grande sœur ».

Les étapes habituelles se sont enchaînées : séchage de l’acrylique, vernis avec inclusion de pierres fines, séchage, vernis mat pour sceller les œuvres, séchage encore… jusqu’à la remise en main propre. Les conditions n’étaient pas les plus évidentes, aussi nous n’avons pas pu échanger au moment de son accueil.

Quelques semaines après

La commanditaire m’a rendu l’œuvre. Pas la plus petite, son cadeau d’anniversaire qui lui a beaucoup plu, mais l’autre qu’elle m’avait achetée.

Je ressentais ces deux œuvres comme très proches, et j’étais sincèrement persuadée d’avoir répondu au fameux cahier des charges. Pas elle. Et là, j’ai béni le lien que nous avons car cette femme, au demeurant très pudique, a accepté de passer un temps avec moi devant les toiles. Par chance, j’avais le grand Yantra avec moi à ce moment-là, que je transportais pour un accrochage. Nous nous sommes donc assises au milieu de son salon, face aux trois tableaux. J’ai commencé par accueillir son refus de conserver la toile en l’état, puis je lui ai posé quelques questions pour comprendre ce qui ne lui plaisait pas et j’ai écouté.

Ici, j’aurais pu me draper dans mon ego, calculer le temps passé, mes charges et regarder mes indicateurs s’effondrer. J’ai fait un autre choix : celui d’accepter que je suis humaine et donc, faillible.

Ce qui en a découlé a été merveilleux.

Parce qu’au-delà de la notion de pure subjectivité, travailler de façon intuitive est une véritable mise à nu. Et c’est savoir reconnaître que ma boussole, parfois, perd le Nord. Et c’est parfaitement ok. Donc oui mes intentions étaient très belles, mon exécution correcte. Et pourtant…

Cet échange a été riche : il m’a permis de comprendre ce qui la bloquait dans ce que j’avais produit. Ce n’était pas un rejet de but en blanc ou un caprice, mais des éléments très spécifiques que je n’avais absolument pas perçus, et qui la frappaient de plein fouet. Je parlais de paréidolies, et ben pile dedans ! Sauf qu’elles m’avaient échappées. Je n’en dévoilerai pas plus, le contexte étant largement posé.

Retravailler une œuvre : la part subtile

Donc, j’ai embarqué la toile dans mes affaires et j’ai attendu le moment propice pour ce travail au blanc. Alors non, je n’ai pas recouvert la toile d’une couche de blanc… Mais j’ai retiré le vernis et écouté ce qui se libérait lors de cette opération.

Evidemment je ne détaillerai pas ici ni pour quiconque ce qui m’a traversée. Le détail n’est pas important en soi, mais que cela ait eu lieu, oui. Et c’est un fabuleux cadeau, porteur d’une infinité de graines (pour moi, en tout cas).

En jouant du coton tige j’écoutais un podcast qui traitait des énergies astrologiques du moment. Les liens étaient évidents, et j’ai vécu cette situation comme une immense validation cosmique. Ce que je faisais dans le « ici et maintenant » était tout à fait juste, et me dépassait complètement. Parfait ! C’est dans ces grandes traversées de questionnements internes et d’inconfort (j’étais blessée physiquement, le challenge était d’autant plus corporel à vivre) que je me sens la plus vivante, la plus incarnée. Et la plus à même de faire des choses tout à fait alchimiques, tout en étant au service.

Retravailler une œuvre : la part technique

J’ai appris que le dévernissage est une épreuve ! Et validé au passage la qualité des vernis que je réalise (petite fierté personnelle). Je suis réputée patiente, mais la méticulosité requise a été à la hauteur de celle que je peux mettre dans l’exécution de mes peintures. Et si j’aime faire, défaire est un revers pour lequel je montre clairement moins d’affection… D’autant que le produit utilisé est peu agréable à manier, demande une ventilation forte et des gants pour être manipulé, protections que je n’aime pas porter tant j’ai la sensation qu’elles altèrent mes ressentis et la finesse de mes gestes.

Une fois cette partie finie, j’ai laissé la toile respirer à l’extérieur, sous le ciel noir et vide de lune.

Après un léger rinçage de surface pour éliminer les éventuelles traces de White Spirit, j’ai repris ma spatule et repassé un fond sur les motifs existants. Quelques jours plus tard, j’ai tracé les motifs aux Poscas et recréé une deuxième version, a priori plus en accord avec la demande qui m’avait initialement été faite.

J’ai laissé la peinture sécher une bonne semaine avant de déposer une couche de vernis avec un nouveau mélange de pierres. Les chats moitié sauvages du voisinage m’ont observée avec beaucoup de curiosité alors que je broyais tranquillement des pierres fines sur un bout de rail en guise d’enclume à petits coups de marteau.

Et j’ai pu tester, pour la seconde fois, la qualité incroyable des demeures disposant d’un séchoir à peaux. Wouha, mais whouhaaaa comme c’est un pur bonheur de voir la réaction du vernis. Et ne de pas suffoquer dans les vapeurs de térébenthine pendant des jours…

Les leçons d’une telle opération

A l’heure où je publie cet article je n’ai pas encore livré la toile : elle finit de sécher un étage au-dessus de ma tête. Ceci fera l’objet d’une autre parution.

A la question « accepterai-je de le refaire ? » la réponse est nette : « oui, sous conditions ». Et je ne parle pas que du volet financier ici mais bien de jauger la demande. Sa solidité, sa légitimité, tout autant que ce que j’ai produit et qui peut conduire à une telle situation.

Quels apprentissages ont ici été révélés ? Je citerai ma grand-mère maternelle adorée : « cent fois l’ouvrage tu remettras sur le métier ». Elle disait aussi : « ceci n’est ni fait, ni à faire ». Et s’il y a bien une situation que je n’aime pas laisser s’installer, c’est celle qui contient de la nébulosité. Alors non, l’ego n’aime toujours pas recevoir de critiques. Mais le cœur lui, savoure les paroles sincères. Et d’avoir accepté de traverser l’inconfort m’a ouverte à recevoir bien des présents.

L’un d’entre eux étant qu’un refus d’une de mes productions n’est pas équivalent à un rejet de ma personne. Et qu’en tant qu’empathe et hypersensible, cette distinction est importante à inscrire en moi et à expérimenter de plein de manières différentes. Cela participe d’une expérience corrective bien plus large.

Je suis donc bien loin d’un échec ici, d’autant que j’ai eu à apprendre de nouvelles choses pour réaliser cette demande, y compris techniques. C’est une façon de grandir, et je la goûte tout particulièrement.

Un autre encore a été de m’immerger de nouveau dans les énergies de Bhairavi. En lui faisant face, cette fois-ci. (Celles et ceux qui ont eu à contacter cet avatar comprendront.)

Enfin, je me sens honorée par la qualité des liens qui se tissent avec celles et ceux qui m’offrent leur confiance et me gratifient de leur fidélité. Entendre vos demandes et me mettre à votre service est une façon incroyablement belle pour moi de faire ce que j’aime. Alors merci, tellement merci de participer ainsi et me soutenir aussi radicalement sur mon chemin.

Hari Om
Aëlle

Le compte Instagram de l’Atelier Van Eyck et leur compte Youtube (attention, leur contenus sont terriblement addictifs, vous êtes prévenu.e.s !)