
Le cadeau de Parvati
C’est le récit de noces alchimiques. Le cadeau de cellules réunies et d’un espace sacré, divin : cet immense lieu des possibles qui se manifeste chaque fois qu’une rencontre entre deux êtres génère une harmonie.
Dans cette troisième entité ainsi constituée, les présents transmutés abondent. Absolument tout est donné : paroles comme silences. Le formulé (les promesses conscientes) et l’informulé. Dans cet espace de présence une invitation à ce que tout puisse y naître forme une matrice.
Ce lieu d’union est unité. Les quatre polarités ont formé l’équilibre et le cadre qui permettent la danse. Ce dialogue est fait de mouvements, de grâce, de légèreté et d’une immobilité, qui, aussi paradoxale soit-elle, initie l’éclosion des nouveaux univers. La structure assoit, le geste manifeste.
C’est ce lieu que j’ai eu envie de célébrer dans sa totale perfection par une représentation schématique et symbolique.
J’ai choisi un carton toilé vierge, qui avait déjà pas mal vécu et portait les traces, plaies et bosses de déménagements successifs. Son état a dialogué avec les éléments qui se déposaient, demandant adaptations et retouches douces. L’ensemble a mis du temps avant de trouver sa forme définitive. Il traduit ainsi les écueils de la vie, du manifesté tout autant qu’une narration flamboyante digne d’une épopée bollywoodienne. Une perception plus subtile nous amène à la représentation d’une invitation immense au désir.
Non pas au désir d’autrui ni aux désirs dirigés ou sexuels, mais au désir fondamental d’être. Être dans sa propre présence. Être dans l’incarnation. Arrêter de faire, de penser, de croire pour être ici et maintenant. Écouter dans l’instant entre l’inspir et l’expire, à ce moment exact où une suspension se produit. Il y a alors une totale harmonisation entre les deux êtres ayant ainsi synchronisé leurs respirations : le « ce qui est possible, ce qui pourrait naître, ce qui pourrait être ».
Shiva Shakti
La pensée projetée vers l’extérieur a ricoché. Et s’il n’était plus question de ce qui déborde mes frontières physiques (simples réflexions de mon état) mais bien de mon intériorité ?
Les polarités ne sont plus doubles mais uniques et m’appartiennent en propre. Le mariage se célèbre quelque part en moi. C’est toute la différence entre la parole soufflée, l’affirmation extérieure nommée au monde pour transcrire ce qui se passe – et bien souvent ce que j’aimerais qui se produise, ce vers quoi je tends – et le souffle intérieur. Dans cette forge de grands mouvements ont lieu. Leur transmutation permet la manifestation d’un calme et d’une stabilité incarnés. La réunion des polarités se déroule sur des plans bien plus subtils, ouvrant à des dimensions jusqu’alors insaisissables (même si le mental, lui, pouvait s’en gargariser tout à loisir, persuadé d’avoir « compris » sans même avoir expérimenté !).
Cette opération terminée, sa formalisation via le Logos perd tout intérêt et substance. C’est dans l’exemplarité que la magie se propage. Par un effet magnétique de contamination positive, de surprise qui peut ouvrir à des dialogues succincts et nutritifs.
J’ai pu vivre des moments incroyables avec cette petite œuvre. Exposée sur des salons, elle a attiré le regard de certains spectateurs (majoritairement des femmes) qui me témoignaient de se sentir comme « aspirées et apaisées à la fois ». Passée ma première surprise, je me suis rappelée la clôture impérieuse lors de sa conception. Je déposai à peine les derniers points qu’une autre des formes de la déesse Parvati m’enrobait alors à nouveau de ses effluves puissants. L’acrylique n’avait pas fini de sécher qu’une nouvelle toile démarrait à son côté.
L’intégration
Qui regarde et sait voir, se sentir interpelé.e me dévoile des parts de lui, d’elle.
Cette peinture contient une lumière presque organique. Ses tons, ses variations jouent telle une flamme vive. Ce sont les reflets de sa Médecine, entre douceur et fermeté. Elle continue de dévoiler des équilibres nuancés, évoluant au fil des progressions du contemplateur. C’est son chemin intérieur qui lui révèle le fil conducteur de la montée des énergies.
Avoir pu contacter les énergies de Parvati si tôt dans mon parcours a été une bénédiction. J’en ai eu conscience dès son titre révélé : avant d’avoir fini cette œuvre je ne savais pas pour qui je peignais. Et ce fut un baume incroyable que de recevoir son nom, tout autant que la promesse d’un cadeau présent dans ses couches.
Trois années plus tard, je pourrais formuler la même sensation de réalité tout en sachant qu’elle est différente. Tandis que j’écris cet article, je continue de voir ce petit tableau tous les jours. Et chaque jour il m’enseigne, avec une infinie douceur.
Je sens néanmoins son départ se rapprocher et suis curieuse de la rencontre à venir avec son prochain détenteur… Je suis heureuse de vivre au contact de mes œuvres, tout autant que de les voir quitter le nid et aller offrir leurs couleurs au monde.
Hari Om
Aëlle
