Séléné est une toile dédiée à la Lune. Elle a été peinte en même temps qu’une autre, dédiée au Soleil. Sa jumelle a été achetée dans les deux heures qui ont suivi sa mise en ligne sur les réseaux sociaux. (Mon meilleur score à ce jour !)
Quant à elle, Séléné est restée m’accompagner. Je crois qu’en un sens c’est très juste car la relation que j’ai à la Lune et ses cycles est très importante dans mon quotidien. Alors qu’elle ai décidé de rester à mes côtés quelques mois est un vrai cadeau. Son Mantra est aussi très beau et j’ai été heureuse de le découvrir. J’ai vécu ces moments de création comme pleins de douceur, même si la peinture métallisée est vraiment difficile à dompter.
Ce n’est pas une toile facile dans le sens où son fond est tranchant. Le parti pris esthétique a plus porté sur une recherche et un questionnement, aussi sa réception est moins évidente.
J’ai choisi de pousser aussi loin les curseurs pour illustrer des facettes aux contrastes saisissants. Pour qui travaille avec les cycles lunaires c’est un peu une évidence, certes. Mais tous les collectionneurs ne sont pas férus d’astrologie ni de spiritualité. Alors cette toile est peut-être encore plus difficile d’accès en ayant bousculé autant les notions d’esthétiques et de beauté.
Et c’est exactement cet aspect-là que j’avais envie de mettre en avant, loin des pastels glamour ou des fondus tout doux. Parce que dans mon expérience, la Lune n’est pas que Yin et suave. Dans mon ressenti des flux et reflux, de sa cyclicité, j’ai été confrontée à bien plus de rugosité, de challenge mais également de rigueur que je n’aurais pu l’imaginer.
J’ai trouvé certains de ses mouvements très brusques, parfois plus difficile à recevoir que d’être exposée en plein soleil. Probablement parce que la Lune n’interroge pas nos aspects lumineux : elle est l’objet de la Nuit et vit une réverbération. Et c’est exactement ce qu’elle propose : refléter nos surfaces pour mieux en révéler les ombres.
Pourtant ne nous y trompons pas : la Lune est une douce amie. J’adore sortir sous ses rayons lorsqu’elle est pleine, tout autant que j’apprécie de me draper dans ses Noirs quand elle est absente du ciel. Ou l’apercevoir en plein jour, dans ses différents segments de rotondité.
J’ai eu l’envie d’illustrer et de témoigner de cette forme de dualité qui, à mon sens, est souvent peu retranscrite. Un peu comme l’image d’Épinal de la grand mère, douce et gentille qui fait des gâteaux… Mais qui sait également accoucher d’autres femmes et être ferme pour accompagner et mener à bien cette tâche si ardue.
Les glyphes sont eux venus se déposer comme par vagues successives, donnant un mouvement presque hypnotique par endroit…
J’ai donc fait le choix de couleurs surprenantes, d’une mise en forme inhabituelle et d’un format de toile qui appelle à quelque chose de très particulier. J’aime utiliser des formats dans leur sens inverse (un portrait devient paysage et vice et versa) : l’œil est un peu perdu, les dimensions sont inattendues et les puristes peuvent avoir l’envie de remettre la toile « dans le bon sens », rendant la géométrie figurée inopérante.
Placer une telle œuvre chez soi demandera peut-être des compromis, ou à tout le moins un espace bien particulier pour que ses couleurs et énergies entrent en harmonie avec le reste du mobilier et des bibelots déjà présents.
C’est un choix assumé.
Parce que c’est cette curiosité, cette forme surprenante de la Lune qui a été transcrite ici. Et derrière, pour qui sait le percevoir, une grande douceur opère, au point qu’en exposition ce tableau devient si timide que la plupart des visiteurs… ne le voient même pas !
Hari Om
Aëlle

