Je peins l’amour que je porte au Monde,
les couleurs sont l’expression de ma joie.

Photo d'illustration de l'article "Éloge de la lenteur" par Aëlle - 2026.

Éloge de la lenteur

Mes processus de création sont lents. J’ai parfois même l’impression que certains prennent un temps infini… Un peu comme un rocher qui se laisse éroder par le vent.

La lenteur est une nécessité pour pouvoir intégrer les expériences proposées par la vie. Elle induit que je produise peu, consciemment. S’ajoutent à cela des techniques et une foule de détails qui réclament leur temps de réalisation et une autre réalité, consistant à jongler avec un mi-temps relatif, avec la temporalité propre au choix d’être free-lance.

Ceci posé, il reste ce besoin de laisser de l’espace, de la respiration entre les expériences vécues, leur maturation, leur intégration, leur expérimentation et leur restitution.

Vivre l’expérience

Se plonger dans une expérience demande d’y prêter son attention. Combien d’expériences faisons-nous réellement dans une journée ? Qui est capable, à midi, de se rappeler très exactement de ses premières pensées au réveil, de l’état de son corps, de l’éclat particulier de la lumière ?

Je ne parle pas de vivre des évènements extraordinaires, pas toujours. Mais déjà d’allouer cet espace, d’en répéter la réalité et de la vivre profondément. A l’heure où le premier réflexe de nombre d’entre nous consiste à allumer son téléphone avant même d’aller se soulager, le court-circuit est total.

Étant autiste, j’ai une particularité qui consiste en une attention très particulière aux détails, aux sensations. Je peux être submergée par la beauté d’un rayon de soleil filtrant entre les volets. Fascinée par la forme d’une feuille. Surstimulée par un simple passage dans un supermarché, épuisée d’avoir eu deux personnes au téléphone la même journée.

En conséquence j’ai l’immense besoin de moments très longs de repli social, de rester seule. Cette solitude, j’en ai déjà parlé, je n’y reviendrai pas ici. De même que la question du silence, abordée aussi dans cet article. Et non, cela ne veut pas dire que je reste assise au milieu d’une pièce à regarder les mouches voler et qu’il ne se passe rien. Évidemment pas.

Cela signifie que dans ces périodes, ne communique pas vers l’extérieur, ou que je ne cherche pas le contact social réciproque : je peux émettre, je peux écrire des articles de blog par exemple. Cela veut dire que je ne cherche pas à discuter avec autrui, à confronter mes idées au monde. En tout cas pas avec l’idée d’avoir une réception et un retour.

Ces phases me sont particulièrement précieuses car je vais laisser ma pensée être au contact de contenus choisis avec soin. Ils prennent parfois la forme d’intérêts spécifiques, variant avec le temps. Et m’arrivent souvent grâce à de jolies synchronicités.

Je vois alors à quel point tout se relie, même si cela n’est pas évident de prime abord. Ma pensée arborescente trouve du sens et crée des ponts entre différents champs, mouvements, croyances.

Un autre point est très important : j’ai besoin de temps pour traiter la somme conséquente d’informations que je découvre. Je les laisse décanter avant de les trier, d’en faire une synthèse, de les assimiler puis de les intégrer. La restitution elle, ne vient que bien plus tard.

Intégrer l’expérience

Le terme « intégration » est utilisé dans le cadre thérapeutique. Je vais le décortiquer un peu, afin de préciser la façon dont je le vis. Je tiens à le préciser pour en présenter la façon dont je le perçois. Ceci m’est donc propre et n’a aucune valeur d’universalité ou de définition stricte : c’est mon cheminement personnel.
(J’ai souvent pu remarquer qu’un mot a rarement le même sens pour moi que pour un tiers. Il me semble donc logique de décortiquer au maximum pour éviter tout biais de lecture.)

L’intégration est donc le moment où j’ai fait la synthèse d’une compilation d’informations. Ce processus se déroule en arrière-plan de ma vie quotidienne, et parfois lors de moments de méditation ou d’observation contemplative. J’ai donc traité des données, et au travers de mon prisme elles ont trouvé un sens au regard de mon vécu.

Arrivée là, il ne s’agit pas de me lever un matin et de décréter « ça y est, les pommes de terre sont devenues purée ! » par une sorte de grâce divine. Pas du tout. C’est qu’une fois le constat fait qu’une étape est terminée, il y a maintenant matière à mettre à l’épreuve de la réalité cette nouvelle perception du monde. Et à commencer par vérifier qu’elle s’est solidement enracinée en moi, au sens de « faire corps avec moi ». Intégrée jusque dans mes cellules en somme.

Le chant des oiseaux

Il s’agit d’éviter ici de remplacer une béquille par une autre, tout aussi mal taillée. Observer l’évolution de ma pensée, de ma compréhension du monde doit me permettre d’ajuster les filtres depuis lesquels je le regarde. Et de vérifier qu’ils sont plus factuels, plus robustes aussi. Plus transparents, en somme.

Cette manifestation ne peut se faire qu’à travers la mise à l’épreuve de la réalité. Elle permet de vérifier le bien-fondé, de rectifier ou d’ajuster ma « nouvelle peau », cette mue toute fraîche qui connecte pour la première fois avec son environnement.

Et parce que j’aime être taquine, je m’en vais illustrer cela par un domaine qui me passionne, bien qu’il soit qualifié de pseudo-science : l’astrologie.

J’effleure seulement ce sujet, qui est immense. Je ne le pratique pas, j’écoute et lis ce que d’autres en racontent et décryptent, avec talent.
Bien évidemment, je suis mon propre (et seul) sujet d’observation. J’ai donc généré mon thème astral de naissance et je m’applique à le décortiquer. (Je prends à dessein un sujet en cours – et qui ne se finira qu’avec mon décès – pour illustrer le processus décrit plus haut.)

Je suis donc en quête de clés pour lire mon chemin passé. Il y a quelques jours, les algorithmes faisant bien leur travail, un podcast apparait dans mes flux. Il traite des planètes rétrogrades (lien en bas d’article pour celles et ceux que ce sujet intéresse aussi). Ce mot « rétrograde » je l’entendais à tout va, en sachant grosso modo ce qu’il signifie. Mais découvrir l’impact que peuvent avoir des planètes sur mon expérience de la vie, là c’est cadeau !

J’écoute donc cette voix douce dérouler son récit et bien évidemment, je regarde où cela se croise avec mon thème. J’ai été bluffée car j’ai littéralement eu l’impression que quelqu’un avait appuyé sur l’interrupteur ! Pour emprunter une phrase célèbre : « et la Lumière fut ».

D’un seul coup, plein de choses se sont éclairées. J’ai choisi de conserver la responsabilité de toutes mes expériences, en les relisant depuis ce nouveau prisme. Et ce fut éloquent. A ce stade les scientifiques qui auraient survécu à ma prose jusque-là soupirent « encore une victime de l’effet barnum ».  Et je souris.

Bref, j’ai la sensation d’y voir plus net, comme quand l’opticien me tend mes nouvelles lunettes et qu’elles sont de nouveau à ma vue. Je relis mes expériences avec ce recul et ces explications-là, et je ris intérieurement en me disant : « Ah oui ! C’était corsé comme fiche de perso en guise d’incarnation humaine quand même ! J’avais pas vraiment la possibilité de m’ennuyer… »

Alors certes, chaque humain a sa propre date, heure et lieu de naissance, donnant lieu à autant d’expériences différentes. Mais ce que je chéris, ce sont ces moments où je rencontre quelqu’un avec qui je peux me relier parce que nous partageons le vécu d’une expérience similaire. Et l’expérience de cette expérience, la façon dont nous l’avons traversée est semblable. Je me sens alors moins seule, moins « nostalgique des étoiles ».

La ligne continue

Alors non, je ne vais pas embrayer avec la lecture des lignes de la main 😀

Il y a donc une ligne continue, une patience (en bonne capricorne 3e décan ascendant capricorne, je m’amuse à dire « j’enseigne la patience à la Patience ») et une sérénité d’esprit face à une situation qui peut surprendre. Car oui j’aime peindre et dessiner. Bien sûr que je rêve d’avoir plus de latitude pour que cette activité se développe et que je puisse faire la bascule pour en vivre vraiment. Mais j’ai assez de maturité pour savoir que bâtir une carrière prend du temps, en général. Et qu’avec un malus tel que l’autisme, ce sera bien plus long encore. Qui plus est avec peu de stocks, des nouveautés rares et une capacité de perméabilité au monde très faible.

Ceci dit, la lenteur est aussi une force. Elle me laisse ce fameux temps dont j’ai besoin, me permet d’éviter de produire « pour plaire » ou par contrainte. Je suis mon chemin, mon unicité et je déploie mon univers petit à petit.

C’est tout à fait logique pour moi d’avoir besoin d’espace pour intégrer les Yantras, d’en créer pour être en capacité d’en accueillir de nouveaux aussi. J’ai déjà expliqué que j’attends de recevoir l’autorisation de les peindre. Et ce processus en particulier n’est pas négociable.

Dans ce que j’incarne, je suis avant tout autre chose au service de plus grand que moi. J’en accepte les mystères, tout autant que la temporalité particulière que cela implique.

En regard, quand une œuvre se manifeste, elle est d’une densité folle. Ce qui est dedans ne correspond pas à de longs processus de recherches techniques, mais à une maturation interne qui a pu demander des années avant d’aboutir. En cela, je rends grâce à cette même patience et ce savoir-faire de nos aïeules et aïeux, qui s’attelaient à une tâche et acceptaient qu’elle prendrait le temps nécessaire à être réalisée. Loin de l’immédiateté, du rythme fracassant d’une industrie qui s’est emballée et d’une humanité qui a perdu bien des plumes (et à mes yeux, une partie de son âme) en conséquence.

Alors peut-être qu’au final, mes créations sont une forme de résistance. Ce n’est pas ma vision première, mais je peux en accepter la lecture.

Hari Om
Aëlle

Quelques sources pour les passionné.e.s et curieux.ses :

Le Bureau des Affaires Célestes : les planètes natales rétrogrades

Inspiration Astrologique

Astrologie karmique

Astrologie facile (bien costaud mais très abordable grâce à sa pédagogie)