Je peins l’amour que je porte au Monde,
les couleurs sont l’expression de ma joie.

Détail d'un tableau de l'artiste Aëlle figurant des points bleu dans des points blancs et d'autres points gris dans des ronds bleu ciel.

Comme une mise au point…

Parmi les motifs qui sont centraux dans ma démarche, il y a les points.

Ils sont partout : dans mes tableaux, dans mes dessins et jusqu’au bout de mes phrases, allant même parfois par trois.

Cette place centrale est également celle de départ, et clôturera mon existence. C’est dire l’importance qu’ils révèlent dans ma vie !

Tout a commencé par eux.

Un jour je me suis acheté un petit carnet aux pages blanches, de ces formats très pratiques à glisser partout : un sketchbook (ou carnet d’esquisses en français). Celui-ci n’était même pas un A6, avait une couverture noire cartonnée épaisse, des spirales élégantes, un grammage suffisamment épais pour que l’encre ne traverse pas ses pages et un toucher très agréable. Les feutres pouvaient glisser sans rencontrer de résistance tandis que le papier buvait l’encre sans qu’elle ne s’étale ou tâche. L’accroche était idéale.

Elle s’est mariée à merveille avec mes tout premiers feutres d’architecte. J’étais fascinée par la petitesse de leurs pointes, la précision qu’elles permettaient et la régularité de leur flux d’encre. Ce noir intense, simple et éminemment rassurant de l’encre de Chine.

Ainsi armée, j’ai ouvert une première page…

Inktober, ce déclencheur

Les copains avaient relayé leurs participations à ce challenge qui débarquait seulement en France depuis un an ou deux. Je n’avais aucune prétention artistique, juste l’envie de participer à ma manière. Sans autre contrainte qu’un dessin par jour, sans me soucier du rendu, de sa bonne exécution ou même de coller au sujet proposé chaque jour.

Juste le plaisir de la mine qui court sur la feuille, du lâcher prise et de la joie de s’offrir un temps dans la journée. J’ai fait les premiers jours en tandem avec ma fille (un petit bout de chou espiègle de 8 ans à l’époque), ajoutant au plaisir de la création celui du partage.

Et dès le premier soir, tout m’est revenu. Les heures passées au lycée en arts plastiques, les quelques toiles réalisées depuis, et ce sentiment incroyable d’être juste avec moi-même dans cette pratique.
Comme tous les enfants, du moment où j’ai eu un crayon dans les mains et su le tenir, j’ai produit des œuvres. Puis l’ennui aidant, j’ai conservé la pratique du « gribouillis dans les marges ». Tout au long de ma scolarité les enseignants ont fermé les yeux, comprenant bien que cette activité parallèle me canalisait et évitait de perturber leur classe.

L’anecdote

J’ai été de la maternelle à la fin du collège dans des classes qui suivaient la pédagogie Freinet. Petit rat de bibliothèque, j’adorais me glisser dans les livres et un jour, j’ai observé que l’un d’entre eux était différent : l’auteur avait mélangé les phrases avec des mots dessinés dedans. J’ai adopté l’idée et pendant tout un temps, quand je ne savais pas écrire un mot, je le dessinais. Mes phrases étaient comme des petites guirlandes, alternant des « vrais mots » et des hiéroglyphes. Les phonèmes ont ainsi cessé d’être des ennemis et au fur et à mesure que je progressais, cette habitude s’est estompée jusqu’à disparaître. Ou presque…

Exploration des motifs

Comme beaucoup de personnes neuroatypiques, mon imaginaire débordant s’est exprimé au travers de ma créativité. Il a orné les pages de mes agendas, couvert les couvertures de mes classeurs, envahi des feuillets volants lors de mes conversations téléphoniques. Gagné mes sacs de cours, mes vêtements, mes chaussures… Lignes, traits, points, répétitions. Encore et encore.
Mandalas (sans savoir ce qu’ils étaient alors), labyrinthes, mots-dessins et dessins-mots. Les arts graphiques ont été un laboratoire de recherche, influencés par ma culture sociale mais aussi marqués par des visites dans les musées, sur les lieux de tag et de graph, l’observation de la Nature… Les prétextes étaient nombreux, les sujets d’observation variés. Et je faisais avec ce que j’avais sous la main à l’instant t.

Avec un parcours incluant 5 années d’études post bac, j’ai eu du temps. Et l’immense chance d’appartenir à une génération qui a vu naître l’informatique mais l’a rencontrée tardivement.

La rupture

L’arrivée de l’ordinateur dans les laboratoires des universités et dans les bureaux des entreprises a marqué un tournant majeur. Les deux mains occupées, clavier et souris n’ont plus laissé de place aux jeux de papiers et de stylos que brièvement.

Les téléphones portables passant d’objets fonctionnels réservés aux appels et messages textes onéreux, donc peu fréquents, à des mini-ordinateurs aux multiples options et potentiels illimités, les livres comme les carnets sont finalement restés sur les étagères… Pour une période seulement.
Ainsi j’ai commencé à « gribouiller avec le bout de ma souris ». Je crois que cet aspect-là m’a suivie jusqu’à maintenant.

Peu importe le medium, la créativité finit toujours par s’exprimer. Et dès que je me retrouvais dans des situations où les papiers et stylos revenaient sur les tables, je couvrais à nouveau les espaces de formes rythmiques, colorées et quasi automatiques.

Oui : il est possible d’être très heureuse avec un banal stylo 4 couleurs et une feuille ordinaire, qu’elle soit blanche, lignée ou à carreaux ! 👼

Inktober : le (point de non) retour

Après ce long détour, retour à Inktober !

Ce défi bon enfant a été ma « reprise officielle » avec le dessin. Le rythme, la régularité m’ont remis le pied à l’étrier.

Il y a bien eu des pratiques personnelles, comme ces carnets dans lesquels j’écrivais un petit mot et je faisais un dessin tout simple chaque jour pour ma fille (je me levais avant son réveil, c’était ma « surprise » à découvrir en prenant son petit déjeuner) ou des productions ponctuelles.

Mais la linéarité est revenue sur ces invitations d’amis moins inhibés que moi. L’envie de produire « pour moi », sans contrainte, en montrant mes créations à un cercle restreint qui s’est montré soutenant et réceptif. L’amusement est revenu, avec le ping-pong quotidien entre participants. La non-attente de production aboutie m’a libérée. Et j’ai surpris mes proches, qui se sont parfois exclamés « Wahh mais en fait tu sais dessiner ?! » en étant très étonnés tant de mon style que de mon niveau. Et dans ma tête je répondais « Ben oui, enfin comme je sais faire plein d’autres choses dans ma vie. Y’a juste que les journées font 24 heures quoi… ». Et je l’ai pris de cette manière-là : avec un grand sourire et même dans un éclat de rire. Parce que cette facette de ma personne et de mes pratiques existe bel et bien, je l’avais juste mise en sommeil.

La ligne et le point

La surprise est venue de la technique. Immédiatement j’ai dessiné à la ligne claire. Et les points sont arrivés de façon concomitante. D’abord pour figurer des ombrages, des nuances. Puis ils se sont substitués aux lignes et sont devenus exclusifs des mois durant.
Oh, parfois il y avait bien une ligne qui tentait son retour, mais elle faisait plus souvent figure d’erreur narrative que de trait de plein droit.

La cohabitation a mis du temps à s’établir. L’étalonnage a été long, il bégaie parfois aujourd’hui encore… Plus de neuf ans après le premier dessin, les points conservent une forme de priorité assez évidente. Jusqu’à devenir des points dans des points et induire la « vibration ».

Dans le prochain article, il sera question de la signification de ces points.

Hari Om
Aëlle