Ce qui se trouve dans le Silence est une nouvelle représentation du Sri Yantra, ou Yantra Maître : celui qui contient tous les autres et raconte la création du Monde pour les initiés.
Il s’est déposé telle une dentelle, tout en délicatesse et en suggestions. Il appelle à la proximité, demande à venir presque coller son nez sur la toile pour se laisser (vraiment) voir. Sa présence est quasi fantomatique, située quelque part entre la présence et l’absence. Elle appelle le regard autant que le souvenir pour réussir à le parcourir. Dans cet espace de flottaison du Mental, bien occupé à reconstituer le motif, un portail se crée et ouvre une nouvelle dimension depuis cet état d’être.
La forte présence de Tara dans cette œuvre m’a surprise. A la fois par les couleurs, ces verts et ces blancs mais aussi – et surtout – par l’énergie qui s’est déployée pendant sa création et déposée dedans.
J’aime les teintes, dans lesquelles je me sens très à mon aise car elles m’apaisent. J’aime aussi ces énergies douces, féminines, enveloppantes et pourtant très ancrées.
Pour autant, il n’était pas question pour moi de faire une redite des Graceful Twin Taras. J’ai accepté l’heureuse surprise de cette visite, prélude à ma rencontre avec les Dakinis. Mais cela, je l’ai découvert plus tard, bien sûr !
Les verts et les blancs donc, venant de cette synesthésie qui s’active dès qu’il s’agit de choisir des couleurs. Cette sensation est très particulière car c’est comme si les tubes qui doivent être pris ont une sorte de halo, de luminescence particulière ou parfois, ils peuvent « pétiller » comme s’il y avait des paillettes autour. Impossible d’en choisir d’autres, même si je peux rester vraiment perplexe face aux teintes censées se côtoyer ! Leur harmonie semble être tout sauf évidente ! Mais je fais confiance au processus et m’y abandonne de bonne grâce.
Cette acceptation de l’écho, d’une partie de ping-pong cosmique aux règles inaccessibles à l’humaine que je suis m’est précieuse. Placée dans cette situation, la sérénité s’installe et la magie opère. C’est là toute la beauté de la création intuitive : l’abandon total.
Ce tableau n’a pas fait exception.
Un immense calme s’est installé et la réalisation a littéralement coulé de source. J’ai eu l’impression qu’un espace très particulier s’était déployé autour de moi, amenant avec lui une sensation de sécurité rare et le sentiment évident que rien ne pouvait m’arriver.
Jusqu’à son terme, j’étais intégralement protégée.
Ces instants sont de la pure magie, de la grâce et ils transcendent absolument le temps, l’espace, les besoins physiologiques. Les heures défilent. Je suis bien incapable de dire combien j’en ai passé sur cette toile ! Mais il y en a eu plusieurs dizaines, les techniques pointillistes et le niveau de détails présents avec les glyphes réclamant un délai d’exécution certain et conséquent, aussi rapide puis-je être à les dessiner.
Les tracés ont, quant à eux, demandé une régularité et une précision particulière. Même si ensuite ils peuvent prendre une sorte d’autonomie, évoluer avec leurs petites variations, ne pas être exactement dans la tradition. Ils permettent néanmoins que le cadre soit posé, et dès lors, qu’un très grand calme naisse et invite le contemplateur à simplement être.
Ce sont les cadeaux de cette œuvre, pour chacun d’entre nous qui souhaite les recevoir.
Il n’est pas question de les « voir » avec ses yeux mais bien de les ressentir, en prêtant attention à ce qui se passe entre l’inspire et l’expire, puis entre l’expire et l’inspire. Chaque cycle recèle ses présents, pour qui accepte de s’y trouver, en silence.
Hari Om,
Aëlle

