L’artiste comme psychopompe : 3. Sommes-nous des (neuro) transmetteurs ?

Illustration en noir et blanc d'Aëlle figurant un coeur plein de bulles dont partent des racines en tout sens. Pour illustrer l'article "sommes-nous des neuro-transmetteurs ?"

Nota bene : cet article est le troisième d’une série. Lire le précédent : Le chercheur de l’intime.

Ainsi me voici donc artiste assumée, les deux pieds bien au sol, la tête pleine de couleurs et de croquis. Femme avec son chaudron, transmettrice de joie avec pour simple bonheur de pouvoir donner vie à ses idées en les transcrivant.

Femme.

Ce mot si simple… Et pourtant. Il est intéressant de revenir aux impératifs sociaux, aux schémas induits et à un leg immense : celui de la préservation de la mémoire. La femme comme gardienne des savoirs, comme chargée de leur propagation aussi.

Celle qui va parfois au-delà des aspects scientifiques, s’en détourne même pour retourner à son seul instinct. Elle qui remet ses pieds à la Terre pour mieux laisser les processus organiques et spontanés se déployer.
Il est question ici d’expérimenter. De ne pas se soucier de question de documentation, de savoir avec sa tête si cela est possible. Il est pure nécessité de sortir des théories, des études validées et des protocoles reproductibles. Cela peut venir après, mais d’abord il est strictement nécessaire de créer.

C’est depuis cette forge que naissent des outils permettant une véritable résilience de la psyché humaine. Elle demande impérieusement à aller à l’encontre de tout ce qui a été enseigné jusqu’à présent, non pas dans l’idée d’une folie suicidaire, de se mettre en danger psychiquement, non, mais simplement dans l’écoute intérieure. « Je ressens qu’ici et maintenant c’est ça qui est bon pour moi. Et je choisis de le vivre. »

Ici la femme déploie son Yin dans son plein potentiel. Et devient alors formidablement créatrice.

Sortir des cadres et conventions

Je crois que c’est un immense cadeau que font les artistes au monde que de se plonger si intensément dans leurs labyrinthes intérieurs. Ce qu’ils en ramènent est une quintessence de vie. (Après, que la forme de sa restitution nous touche ou non est une tout autre histoire…)

Chacun choisit ses voies d’exploration, et elles sont nombreuses. A titre d’exemples : la méditation, la respiration, le chant, la scarification, l’enterrement, la prise de substances psychotropes (légales ou non), la privation ou son inverse la surconsommation volontaire… Toutes sont documentées pour le coup, aussi je ne m’étendrais pas plus.

Pour autant il existe des processus bien moins transgressifs et tout aussi salutaires. Je pense aux travaux d’Alejandro Jorodowsky et le déploiement de la psycho-magie ou à Pavel Piskarev et la NeuroGraphica. L’un comme l’autre ont ouvert de nombreuses portes et permis d’initier des chemins de guérison en autonomie.

Je précise et souligne ici que le terme de guérison est à prendre au sens le plus large. Qu’il parle (sous ma plume) de compréhensions de soi, d’évolutions et de tout ce qui peut amener à vivre de façon plus légère et joyeuse. Et qu’il peut également – mais pas obligatoirement – évoquer des traumas. Ici alors les pratiques artistiques viennent en soutien et complément d’accompagnements menés par des professionnels de santé.
Oui certaines personnes réussissent à parcourir le chemin seules, mais ce ne sont pas les plus nombreuses, loin de là. Aussi je n’invite personne à emprunter cette voie en solo : les miracles sont, par définition, exceptionnels.

Structures organiques, écoute intime et exploration

Pour revenir aux actes pyschomagiques et à la NeuroGraphica, les deux pratiques nourrissent la mienne. Je les ai essayées et elles m’ont offert des outils pour « naviguer à l’intérieur de moi ». Elles sont venues en complément d’une autre pratique, qui n’est pas artistique en tant que telle mais si joyeuse et nourricière que je la place dans le même espace. Il s’agit de la méditation Vipassana. Et si Gautama Siddhârta ne se qualifiait pas d’artiste, il est à mes yeux un des plus grands qui soit !

Ces trois méthodes me sont complémentaires et j’aime l’idée qu’un artiste puisse fonctionner comme un neurone dans la société où il évolue. Dans ce qu’il connecte et montre de lui et de sa vision du monde, dans ce qu’il ouvre des possibles chez les autres (coucou l’OuLiPo) et connecte chez et entre eux.

Et pour y parvenir, il a besoin de trois ingrédients complémentaires : la sécurité, le temps et la foi. Que la société dans laquelle il vit lui offre ce cocktail et l’art se déploie naturellement. Dans ses expressions il vient toucher toutes les âmes qui se trouvent à son contact, avec des impacts divers. Que le créatif s’expanse et il contamine dès lors son voisinage, les passants, les curieux… Et offre dès lors à chacun l’envie de s’exprimer également, à sa façon et sans autre but que de s’amuser. Retour à la joie !

Mais pour que l’artiste puisse y arriver, encore faut-il qu’il ait pu rencontrer Chiron…

Hari Om
Aëlle