
Nota bene : cet article est le quatrième d’une série. Lire le précédent : Sommes-nous des (neuro) transmetteurs ?
L’artiste a ses parts d’ombres et fait parfois le choix d’aller les explorer. Ce n’est pas le cas de tous, évidemment, mais cette démarche reste fréquente et ramène au fameux « Connais-toi toi-même ». C’est celle que j’explore.
Suivre son cœur
Pour arriver jusqu’aux rives du Styx les chemins sont aussi variés que ceux qui choisissent de les emprunter. Les âmes qui s’y présentent rencontrent le puissant archétype de Chiron. Ce thérapeute blessé peut refléter celui ou celle qui se présente à lui afin qu’il se reconnaisse pour ce qu’il est : un être pleinement vivant. Et peut-être ensuite le cheminant choisira-t-il d’accompagner autrui dans ce processus, mais là n’est pas le plus important. Dans cet espace de Vie-Mort-Vie, Chiron propose de franchir un seuil, qu’elle qu’en soit la forme.
Il plonge l’esprit dans un état de tétanie. La panique est totale. L’esprit (le mental) s’offusque et se cabre : « si je vais là, je meurs ! ».
Pourtant en arrière-plan une main tient la nôtre et dit : « Non. Il y a une petite partie de toi qui va mourir, on est bien d’accord, mais Toi-derrière-cette-peur, tu traverses et qui tu es ensuite c’est quelque chose de magnifique. Viens voir. »
Pour qui ose, le bénéfice est absolument incroyable. Les plus grandes œuvres naissent exactement là, à cet instant, que l’artiste en ai conscience ou non.
De ce voyage et des questions qui en ont émergé / s’y sont résolues, l’artiste ramène des outils formidables.
Nous sommes ici bien loin des opérations de laboratoires stériles* !
La matière même ne peut y survivre. Le vivant s’observe dans son impermanence. C’est là la beauté des fluctuations non reproductibles à l’identique, où le mental doit dériver et se perdre pour laisser la place à cette autre chose qui fait l’humain.
*j’oppose ici le laboratoire scientifique contemporain à celui de l’alchimiste, bien sûr.
L’artiste comme transe-metteur
C’est dans ces formes de transmissions-là que j’ai vu des personnes au fil des mois et même des années, littéralement se transformer. Je les ai observées aller rencontrer des parts d’elles-mêmes, oser – véritablement oser ! – défaire des choses qui étaient à l’intérieur, aller questionner des certitudes et se mettre en danger psychique, pas physique, et là vraiment j’insiste : psychique (parce que le cadre le permettait).
Je les ai vues se tenir devant un miroir et s’interroger. Se demander frontalement : « est-ce que là je suis vraiment heureux/heureuse ? Est-ce que je suis vraiment dans une situation où je me sens encore créateur/créatrice de ma vie ? ». Et depuis cette prise de conscience abrupte, une reprise de pouvoir s’en suit.
Cela commence par des questions quotidiennes simples : « j’ai deux choix, j’ai la capacité de le faire. Où est-ce que cela m’amène ? J’y vais, je n’y vais pas ? ».
Je ne dis pas qu’il faut y aller systématiquement, je souligne même qu’il y a des endroits où il ne faut vraiment pas aller. J’honore le discernement, cette part de nous est immensément importante. Et qui nous permet de sortir des réponses automatiques. (Oui, il y a un enjeu tout à fait politique ici, et non, je ne l’aborderai pas maintenant.)
L’explorateur des consciences
L’artiste marche sur des pistes d’animaux. Il sort des sentiers battus et honore le vivant dans sa pluralité. Il fait d’un rai de lumière, d’un éclat minéral, du balancement d’une fleur ou d’une feuille dans le vent, ses maîtres. Si sa technique peut lui venir d’académies ou d’écoles, ses enseignements sont ailleurs. La transe est partout présente et possible, souvent fort subtile et socialement réprouvée hors de cadres bien particuliers. Pourtant, c’est quand il en sort qu’elle offre ses plus belles voies de transcendance. L’artiste sait s’en saisir, même s’il garde bien souvent ses manifestations immédiates sous couvert.
Je fais le lien ici avec l’onirisme, sujet que je déploierai dans le prochain article.
Cet article est nourri de plusieurs références. En voici certaines :
- L’immense carte kabbalistique décryptée par Annick de Souzenelle dans son ouvrage « Le Symbolisme du corps humain », dont la pensée offre une clarté saisissante pour les férus de géométrie sacrée et de spiritualité.
- L’incontournable « Femmes qui courent avec les loups » de Clarissa Pinkola Estés, véritable plongée à travers les contes pour rencontrer des archétypes.
- Pour la poésie et l’érudition de ses podcasts qui évoquent parfois l’archétype de Chiron : la chaîne de Caroline Astrologie hellénistique et Archétypale
- Et pour faire le lien avec l’article suivant « Danser le rêve – Trouver son chemin sacré » de Jamie Sams.
Hari Om
Aëlle
