C’est une épopée à elle seule : De la résignation à l’acceptation. Son titre éclaire ce volcan et son éruption. Il raconte les émotions jaillissantes, venant par paquets un nombre incalculable de fois, un tracé repris à nombreuses reprises pour parvenir à un Sri Yantra approximatif.
Oui, les connaisseurs de cette figure liront ses défauts, qui le rendent bancal. Et comme pour toutes les autres erreurs, j’ai choisi de les conserver et de faire avec.
Pour autant, j’ai rétabli des codes qui s’étaient décalés dans les figurations précédentes et amenaient d’autres énergies.
Dans celle-ci se pose la question d’accepter l’imperfection, de comprendre ce qu’elle nourrit et ce qu’elle amène à l’intérieur de soi. D’aller se placer dans cet immense espace de relâchement une fois le constat fait, et de ressentir « comment je me sens avec ». Jusqu’à l’intégrer dans sa totalité.
Ce qui pourrait se transcrire ainsi : « Ah tiens, c’est comme cela ? Ok. C’est complètement d’accord pour moi ici et maintenant. C’est l’état dans lequel je me trouve, j’en prends acte ».
Quelque part entre le développement personnel, l’acceptation radicale et le renoncement se trouve une forme de paix simple. Mais encore faut-il y parvenir !
C’est tout le propos de ces reprises et retouches que j’ai laissée partiellement visibles. J’ai effacé, recommencé et corrigé aussi. Parfois avec bien peu de subtilité, en laissant affleurer l’erreur par transparence.
Je suis assez coutumière du fait, certes, mais sur cette toile-là ce fut vraiment un processus très long.
Je glisse ici que le orange est associé au chakra racine, qui parle de la créativité, du plaisir et de la sexualité. Cette couleur n’est pas ma favorite et s’absente régulièrement de ma palette. Représentée ici aussi intensément et en association avec le Sri Yantra elle est particulièrement signifiante, d’autant plus qu’elle fait suite au chakra couronne avec Les ecchymoses de mon âme.
J’ai également ressenti le besoin d’amener de nouveaux éléments, issus de mes recherches (réalisées avec des dessins) et qui ont ici eu toute légitimité à apparaître.
Tout pendant que je réalisais ces tracés et points dans les points, beaucoup de questions se sont présentées. Il m’a fallu terminer des parties, me retenir de rajouter (encore et encore) des éléments. Accepter de finir l’œuvre, qu’elle forme un tout et qu’en mettre « plus » ne serait plus juste, sauf à vouloir dégrader le propos. Ce fut bien une naissance chaotique, moins fluide qu’à l’accoutumée. Un peu comme quand le magma fait des blobs à la surface avec les explosions de gaz. Volcan actif, donc.
Ce sujet est un serpent de mer pour bon nombre d’artistes : où est-ce que je m’arrête ? Quand est-ce qu’une œuvre est terminée ?
Je me sens moyennement sujette à ces tergiversations mais là, alors que les paillettes, cristaux et pierres fines, ses vernis étaient posés, j’ai encore retardé au maximum le moment d’annoncer publiquement sa naissance.
Je crois qu’il y a une pudeur immense à l’acte de création. Et m’autoriser à montrer me demande d’être sûre, de me savoir prête à le faire.
Les questions de légitimité se présentent régulièrement à moi. Une boucle, qui m’en dit long sur mon état interne, physique et psychique.
Il a fallu le passage d’un ami et qu’il dialogue avec ce tableau pour que j’acte sa naissance, l’enregistre dans mon inventaire et ose le dévoiler. Merci à lui, il était effectivement plus que temps.
Hari Om
Aëlle

