Je peins l’amour que je porte au Monde,
les couleurs sont l’expression de ma joie.

"Le Gouvernail intérieur" par Aëlle - Acrylique et broyât de pierres semi-précieuses dans la première couche de vernis - 73cm x 92cm - Yantra de Tara pointilliste bleu, labyrinthe doré et gyphes galactiques bleus clairs sur fond bleu foncé

Le Gouvernail Intérieur

Le titre de cette toile est un clin d’œil pour qui le lit dans sa polysémie : Le Gouvernail intérieur. Le prononcer à haute voix syllabe par syllabe permet de le goûter et d’en percer quelques secrets.

J’ai tout d’abord été très surprise par le retour de Tara, cette fois-ci dans une couleur moins connue des occidentaux. En effet, Tara Bleue est une forme courroucée, c’est-à-dire qu’elle est féroce : c’est la mère qui protège ses petits, la louve qui suit son instinct jusqu’à se battre à mort pour défendre ce qui lui est précieux.

Représenter son Yantra avec ces couleurs lui offre une vibration bien différente de celle des Tara Verte et Blanche.

Ces bleus sont également un rappel à une toile pour laquelle j’ai beaucoup d’affection : In Sirius’ gardens.

Tableau "In Sirius' Gardens" - 60cm x 60cm par Aëlle.
In Sirius’ Gardens – 60cm x 60cm

Même si dans Le Gouvernail Intérieur, il y a une tonalité différente, plus liée aux océans et au cosmos. Cette couleur relie les deux dimensions, les deux mondes et crée des univers entiers.

Ce tableau est apparu à un moment où je vivais dans un brouillard mental épais, où je traversais beaucoup de questionnements et j’étais très challengée. J’ai l’impression que cette œuvre le transpire littéralement, d’autant que j’étais dans la joie de la vernir et un incident est venu me parasiter, étouffant instantanément le moment présent. Je me suis recentrée, j’ai persévéré mais à nouveau, la manifestation extérieure s’est rappelée à moi. J’ai terminé, attendu un mois que le vernis sèche et je me réjouissais de la photographier et découvrir son nom pour pouvoir la montrer. Assise devant, je m’offrais de parcourir son labyrinthe et je me suis alors rendu compte, effarée, qu’il est impossible à arpenter tel que je l’ai représenté !

Pourtant, ce motif je le trace encore et encore. J’ouvre des labyrinthes à 7 circuits en version land art, je les parcours physiquement et j’aime méditer devant ou en leur centre. Alors qu’il contienne une erreur est tout à fait intéressant (au sens de révélateur). Car bien évidemment les pensées ont aussitôt fusé et tourné en boucle dans ma tête, avec leur lot de jugements en prime. Retirer le vernis et corriger le motif ? Repeindre tout autre chose par-dessus ? Et bien d’autres options, incluant « brûler cette toile pour conjurer le mal ». Alors j’ai attrapé mon auto saboteur entre quatre yeux et on a eu une petite discussion un peu serrée… 😈
Quelques longues et profondes inspirations plus tard, j’étais toujours assise devant la toile et je la contemplais, les yeux encore un peu embrumés et le cœur confiant de recevoir une clé. J’écoutais alors ce qu’elle avait à me dire, vraiment.

Sa question ne tarda pas : « si tu ne peux pas parcourir le labyrinthe tel qu’il est tracé, quel sera ta boussole pour y parvenir ? ». Du quel au , la frontière est bien mince ! Le retour à mon intérieur s’est fait en une fraction de seconde, la compréhension a été telle une étincelle et ce fut d’une parfaite justesse. Je suis passée de « comment j’assume cette erreur » à « ohhhw whhaww le cadeau !! ».

Cette toile ne me racontait pas une erreur grossière, mais bien la perte de mon axe. Y revenir me permet de découvrir qu’il y a bel et bien un moyen de parcourir ce labyrinthe, sauf que pour cela, il ne faut pas se fier à ses yeux… Mais à son intuition. C’est un cadeau immense qui m’a été fait là ! Ce déclic s’est paré de nombreuses significations. L’une d’elles est que quoi que je mette au monde, d’autres formes de réalités accompagnent à la fois le déroulement et le résultat. Et que je n’en ai pas conscience alors me permet très exactement d’avoir un pied dans le monde et la réalité que nous expérimentons tous, et l’autre dans des univers et dimensions que je ne peux atteindre autrement.
Quant à ce que j’en ramène, j’en vois ici un merveilleux exemple !

Mais pour naviguer entre les mondes, mieux vaut avoir un gouvernail à tenir fermement, et pas n’importe lequel… Car il s’agit bien de retrouver mon cap pour revenir accoster en terre ferme après avoir voyagé dans les étoiles.

J’ai eu ensuite tout une série de jolies confirmations lorsque j’ai exposé ce tableau. Les discussions autour de la perfection des figures, l’explication simple de « si je voulais des tracés millimétriques j’utiliserais l’outil informatique, et ce n’est pas mon choix puisque je vais justement chercher cette imperfection qui permet au cerveau de venir lâcher certaines choses et d’apprécier l’ensemble. » Alors il se passe quelque chose. Mais ceci n’est induit que par l’erreur, le « petit détail » qui amène sa touche si particulière. Et rompt avec la monotonie : le cerveau humain a horreur de la perfection, elle l’ennuie.
Ici, pas de risque 😁😁

En retour j’ai eu des témoignages de personnes appréciant que le labyrinthe ne soit pas centré, qu’il ai sa propre liberté. Tout en m’interrogeant pour vérifier que je l’avais bien fait exprès. Cette question m’a beaucoup amusée : si je suis capable de centrer un Yantra sur une toile, a priori je dois pouvoir centrer également une autre figure…

Merci également à cette jeune femme qui a osé me demander si j’utilisai des tampons pour réaliser les glyphes. La réponse est non. Elle sera un peu plus détaillée ici.
D’ailleurs les glyphes ont coulé jusqu’à ne plus pouvoir être tracés par endroits. Ils dessinaient leurs propres volutes et laissaient des espaces trop rugueux libres de leurs figurations, quand bien même leur présence est évidente.

Enfin, un an après sa naissance, je vois combien cette œuvre continue de venir questionner ma légitimité en tant qu’artiste. Et d’éprouver la solidité de mon assise, ainsi que ma capacité à revenir en douceur dans la sérénité.

Hari Om
Aëlle