« Les glyphes », c’est ainsi que j’appelle les petits symboles qui parsèment mes toiles et se glissent dans certains dessins. Leurs formes sont variées et bien souvent, ils donnent l’impression de transcrire un alphabet imaginaire.
J’ai aussi entendu l’expression « codes galactiques », mais cette formule me parle moins car si je canalise littéralement ces formes, elles traversent mon corps (humain). Et peut-être aussi sont-elles une partie de mon imaginaire ?
Quoi qu’il en soit, ces glyphes forment un pan important de mon vocabulaire artistique depuis plusieurs années. Ils sont arrivés avec les premières recherches déclinées des fleurs de Vie. La toute première toile à en porter est I pay hommage to Marianne Williamson, où je raconte l’épisode en détails. Et ils se sont immédiatement installés entre très grand nombre. Leur présence est donc tout sauf anecdotique.
Variété et traçage
Certains glyphes reviennent (c’est le langage commun), mais la majorité d’entre eux sont présents sur une seule œuvre. Leur densité masque leur diversité. Quant à ce qu’ils représentent, je ne cherche pas à le savoir. Ils me traversent et vont se déposer, comme s’ils venaient encoder mes créations.
C’est de l’intuition pure, et je n’ai pas trouvé de meilleure expression que « je code à l’aveugle » pour la restituer.
C’est-à-dire que techniquement, je pose ma main en bordure d’un motif, je ferme les yeux (ou je regarde ailleurs) et je laisse ma main aller. Puis, une fois tracés, je m’émerveille par le fait que les glyphes remplissent véritablement tout l’espace sans déborder et qu’ils ne se chevauchent pas, ou très exceptionnellement.
Les séquences de création sont particulièrement longues. Une fois démarrées je bascule dans un espace où le temps semble se diluer jusqu’à ne plus vraiment exister. Je suis alors comme suspendue, quelque part entre méditation et transe légère. Je sens leur flux me traverser, je ressens ce que ces glyphes viennent apporter en termes de résonance. C’est encore cette quête de vibration, qui va bien au-delà d’une question de rendu esthétique. J’ai l’intime conviction que ces signes sont destinés à quelqu’un en particulier.
Ici je n’imagine pas que la personne en question sache les décoder, ni même qu’elle puisse en avoir l’idée. Mais une fois en présence de ces symboles, ceux qui lui sont destinés (d’une certaine manière), il va se passer quelque chose à l’intérieur d’elle. C’est une sensation très physique, qui déclenche des émotions particulièrement fortes.
Décodage individuel et autonome
Et pour certains spect-acteurs (le mot est sorti ainsi, le tiret en facilite juste la lecture) il y a des séquences à grappiller, des parties seulement qui feront sens. Mais pas le code dans son intégralité. Lui, prit dans sa totalité, n’est accordé qu’à une seule personne. Et quand elle le voit, c’est simplement une évidence, parce qu’il résonne avec toutes ses facettes.
J’ai bien conscience que toutes mes œuvres ne s’adressent pas forcément à des âmes déjà incarnées ici (mes contemporains en somme), ni qu’elles habitent le même hémisphère, le même continent que moi, ou même qu’elles voient la toile de leur vivant. Et cela n’ai finalement que peu d’importance parce que c’est plus grand que moi, bien plus ! Et que de toutes façons, une fois finies, mes œuvres ne m’appartiennent plus.
En revanche, ces langages (oui au pluriel, oui ils sont nombreux) ont un sens bien précis.
Il m’arrive de croiser des personnes qui les lisent et s’amusent à en suivre des bouts et les prononcer. D’autres me demandent si je peux les leur lire à haute voix : je refuse, d’ailleurs certains ont une prononciation impossible pour notre physiologie humaine. Pour autant, j’entends leur sonorité dans ma tête lorsqu’ils me traversent. Ils « chantent » quelque part dans l’espace de mes perceptions. J’insiste sur le fait que je refuse de « mentaliser » leur signification. Et leur rapidité de passage est telle que je n’ai pas le temps de m’arrêter sur chacun d’entre eux. In fine, cela ne fait aucun sens pour moi.
C’est comme pour les Yantras : ils sont venus pour m’apprendre à quitter l’espace mental (l’intellect) et revenir à ma corporalité. C’est tout le propos de ma démarche : ce qui se passe dans la chair, au milieu des organes, de se promener pour ressentir le chant du sang, le bruissement de la lymphe… Et laisser l’hyper rationalisme de côté, au moins un temps pour écouter ce qui se passe vraiment.
Langages et dimensions
Je trace les glyphes de cette manière-là (en connexion profonde avec mon corps) pour transposer avec le plus de justesse ces différents langages. Plein de choses viennent s’exprimer, parfois de manière très surprenante. Ainsi, dans les tableaux De la résignation à l’acceptation et Le Songe d’Yggdrasil, je savais qu’il y aurait des codes mais qu’ils prendraient une forme différente des glyphes tels que je les connaissais jusque-là. Alors que des bulles apparaissent a été à la fois peu surprenant (c’est un autre volet de mon langage artistique) et tout à fait drôle ! Les glyphes étaient… à l’état gazeux !! Légers comme des bulles de Champagne.
Entendre leur chant a été une expérience tout à fait surprenante.
C’est une partie très intime que je partage ici parce que je sais combien cela ne fait pas sens et reste abstrait pour de nombreux lecteurs. Et en même temps, c’est une partie de ma réalité et de ma sensibilité aux mondes et dimensions que je mets à nu ici.
La superposition des mondes
Je n’ai pas la science pour expliquer les questions d’intrication, aussi je laisse ce soin aux scientifiques. Mais je sais et sens que cela existe, que c’est juste et qu’il est possible – dans une certaine mesure – de s’y mouvoir.
Je me suis interrogée sur la pertinence de réaliser des œuvres en trois dimensions pour gagner en restitution. Je n’en suis pas certaine, j’ai la sensation que plonger dans certaines créations en deux dimensions est déjà une expérience puissante, et qu’elle raconte énormément de choses pour qui choisit de perce-voir. Ainsi, se concentrer sur un symbole particulier pour l’extraire de la toile et le faire tourner sur lui-même permet de l’activer et d’en recevoir les informations encodées. Celles et ceux qui sont déjà coutumiers du fait savent combien d’autres dimensions s’ouvrent alors.
Les psychonautes avertis aussi 😉🦄
Les teintes
Je me pose également la question des couleurs. Là aussi, c’est source d’un bel apprentissage. Parfois certains glyphes ne s’encrent pas sur le support. Pourtant ils sont bien tracés, alors c’est comme s’ils existaient sans apparaître pour autant. Mais leur présence est tout à fait perceptible.
J’ai choisi de ne pas les repasser systématiquement. Il y a des toiles où cela peut faire sens, et d’autres, vraiment pas. Bon, l’experte en la matière c’est Kali. Avec ses fonds rugueux, ses apparitions évanescentes elle aime à s’enrouler dans les fumées pour mieux disparaître… Et ressurgir là où elle n’est pas forcément attendue. Mais Tara la Bleue est venue me rappeler que les divinités courroucées pouvaient partager ce trait de caractère, et chez elle il est manifeste !
La couleur même des glyphes est porteuse de sens. Quand plusieurs langages coexistent sur une même toile ils peuvent prendre des teintes différentes. Évidemment un même langage peut aussi se décliner en plusieurs couleurs. Mais alors, c’est comme s’il se paraît de nuances, où que des dialectes venaient apporter leurs touches et expressions particulières.
Cette complexité-là, je ne suis pas certaine qu’elle fasse sens pour quiconque autre que moi. Mais je la raconte car elle est signifiante à mes yeux.
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