Je peins l’amour que je porte au Monde,
les couleurs sont l’expression de ma joie.

Détail de l’œuvre "Ce qui se passe dans le Silence" : gros plan sur des glyphes placés dans les pétales du lotus.

Glyphes, vibrations & sens : interroger le sacré

Je poursuis ma réflexion sur les glyphes (lire le premier article).
Ils sont à l’évidence porteurs de sens. Ils amènent également une vibration – et je reviendrai sur ce terme dans un autre article encore tant il est transversal et important dans mes pratiques, si ce n’est dans ma quête artistique même.
La vibration se manifeste de plusieurs manières et fait coexister des langues différentes dans des formes d’expressions tout aussi variées et pourtant harmonieuses. Ici les glyphes sont une des portes d’entrée de mes mondes, aussi je choisis de séparer un peu les sujets.

La posture de l’écoute

Pour entendre la résonance des glyphes, le silence est nécessaire. Pas seulement en s’arrêtant de parler avec sa bouche, mais en apaisant aussi le mental. Les pensées, aussi fugaces soient-elles, interfèrent avec le silence intérieur nécessaire à l’écoute intime. Pour entendre vraiment, une des clés serait de rebâtir nos cathédrales intérieures. Pour que résonnent à nouveau nos intuitions. Ce silence est un préalable nécessaire afin que puisse se déployer ce langage nourri, foisonnant et à la limite de nos perceptions sensorielles que représentent les glyphes.

C’est exactement la même qualité d’écoute que je peux adopter face aux œuvres d’autrui. Je pense bien évidemment à la très actuelle Hilma af Klint qui est à l’honneur du Grand Palais à l’heure où j’écris ces lignes. Mais aussi à des œuvres bien plus baroques et foisonnantes telles que le Palais idéal du Facteur Cheval, pour n’en citer qu’un. J’aime me situer entre les à-plats calmes qui permettent le déploiement de grandes respirations et la surstimulation née d’une juxtaposition extrême de détails, qui affolent le mental jusqu’à le perdre.
Un peu comme quand je rentre chez un brocanteur à l’ancienne, où tous les articles sont posés ci et là. Et que l’œil est d’abord perdu, avant de s’accoutumer et se promener plus librement jusqu’à découvrir des pépites noyées dans la masse. Cette référence particulière vient d’un tonton brocanteur, dont le magasin et ses réserves étaient des lieux absolument magiques pour l’enfant que j’étais ! J’ai le souvenir tangible de la caverne d’Ali Baba.

J’ai gardé cette idée de collusion des mondes formant un tout cohérent.
Et la question qui m’obsède est de savoir comment rendre lisibles ces états internes.

Cadre et structure

En cela les structures géométriques m’aident en apportant le cadre dans lequel venir déposer tous ces éléments « faiseurs de mondes ». Cette structuration comme clé de lecture est fondamentale.

Je trace les glyphes ensuite là où ils souhaitent se déposer. Cela varie, parfois c’est autour de certains motifs, parfois seulement à l’intérieur… Ou encore sur les tracés même. Et comme j’ai eu la question une fois lors d’une exposition collective : non, je n’utilise pas de tampons 😊

Je les dessine un par un, ils sont uniques. Je connecte avec chacun d’entre eux. Et oui, cela prend du temps. Que je passe dans un état second de transe légère. C’est le même espace d’ailleurs que je rejoins quand je dépose les points.

D’autres artistes utilisent également ces symboles : ils sont propres à chacun et nous en avons des lectures différentes. Pourtant, nous nous retrouvons sur la façon dont ils nous parviennent, et parfois aussi sur la manière dont nous vivons leur « descente » à travers nous. Je glisse quelques noms en bas de l’article, pour le plaisir de sauter dans d’autres univers.

Langages variés et expériences communes

La transcription de ces nouveaux symboles est récente. Nous sommes quelques-uns à les percevoir et à les retranscrire. Dans nos échanges à ce sujet il se dessine une forme d’expérience commune avec cette sensation que ces glyphes détiennent des clés. Chacun les relie à ses croyances et sa compréhension du monde, aussi prennent-ils des dénominations différentes.

A mes yeux ils sont des activateurs, ils ont la capacité de déclencher des prises de conscience, de révéler des états internes, de ramener l’âme à des endroits particuliers. Ils fonctionnent comme les clés : chacune ouvre une serrure. Unique donc, et pourtant universelle.

La densité qu’ils ont dans mes œuvres n’est pas un choix issu du mental. Lorsque je les sens arriver je ne sais jamais combien ils seront. Leur taille, leur variété évolue au fil de la transe. J’ai la sensation d’une logorrhée cosmique parfois, qui me saisit pour me recracher une fois le processus fini, comme légèrement ivre.
Plus rarement, ils se déposent par petits paquets. Leur force n’est en rien proportionnelle à leur nombre, ils ont leur raison d’être que ma raison ignore (et plus j’essaye de réfléchir au sujet plus je me perds).

Persistance et espace de reliance au sacré

Aujourd’hui ces éléments sont une partie intégrante de mon vocabulaire artistique. Je ne sais pas s’ils persisteront. J’accepte de ne pas savoir. L’état d’impermanence est une pure bénédiction : il me permet de savourer ce qui existe ici et maintenant. Aussi je ne peux risquer d’écrire qu’ils seraient une signature ou une marque distinctive dans mes œuvres.
Je constate et apprécie leur présence, j’accueille ce qu’ils m’offrent… et voilà tout !

Je conclue donc temporairement sur cette idée : je vis des états de grâce, sans chercher à les provoquer. Je suis en gratitude pour ces moments qui sont d’une préciosité sans nom. J’accueille les transformations qui en découlent, tant au niveau interne et physiologique, que leurs reflets dans mes formes-pensées et ma compréhension-lecture du monde.

Et lorsqu’un observateur me partage ce qui le traverse en regardant une de mes créations, je reçois son témoignage comme un cadeau et une bénédiction. Y compris celui-ci : « Je comprends votre démarche, je vois les aspects techniques mais vos œuvres ne me touchent pas. Elles n’éveillent rien en moi. »

C’est ainsi, et comme le disait un autre Tonton : « chacun sa route, chacun son chemin, chacun son rêve, chacun son destin« .

Hari Om
Aëlle


Quelques artistes dont certaines œuvres contiennent des glyphes :

Armelle

Anaël Azuria

Cédric Yahé Istari

Gabrielle Kaya Zion

Ö-Art vibratÖire

Zaii Dar